23/11/2008

Godhra de Nicole Elfi

 

     Fin février 2002, l’Inde était secouée par une nouvelle bouleversante : 58 pèlerins hindous brûlés vifs dans un train. La BBC avait annoncé : 58 « extrémistes » hindous calcinés. Les jours suivants, les nouvelles pleuvaient : un « génocide des musulmans », un « carnage » infligé par les hindous en représailles, une « conflagration inter-communautaire, organisée avec la complicité de l’État du Gujarat ». Nous entendions que Narendra Modi, le Premier ministre de cet État, avait l’intention d’en éradiquer les musulmans : c’est à dire plus de 9% de la population, soit cinq millions de Gujaratis. Que la police était complice et ne faisait rien pour arrêter les massacres. Narendra Modi était comparé à Hitler. Nous avons frissonné en parcourant les dossiers décrivant des viols et autres horreurs, censément infligés aux musulmans par les hindous.

     Six ans après, quand les bruits se sont tus, que se dégage-t-il de ces événements ? Quels sont les faits ?

     Ce 27 février 2002 au petit matin, le Sabarmati Express entre à la gare de Godhra, heureusement avec 4 heures de retard, donc en plein jour, à 7h 43. Ce train ramène 2 000 personnes, essentiellement des pèlerins de retour d’Ayodhya, la ville sainte en Uttar Pradesh, lieu traditionnel de la naissance de Râma.

     Lorsque le train redémarre de Godhra, il est bombardé de pierres et de briques, et les voyageurs de plusieurs wagons doivent fermer leur fenêtre. Quelqu’un tire le signal d’alarme : le train s’arrête une centaine de mètres plus loin, entouré d’une foule de musulmans. La police des chemins de fer arrive à faire repartir le train.

     Quelques minutes plus tard, le signal d’alarme est tiré de plusieurs wagons à la fois, et le train s’arrête environ 700 mètres plus loin. Une foule de plus d’un millier de musulmans est là, qui jette des briques, des pierres, puis des projectiles enflammés et des ballons d’acide, en particulier sur les wagons S-5, S-6, S-7.

     Le soufflet entre deux wagons est tranché : le train ne peut plus redémarrer. Les portes sont verrouillées de l’extérieur. Un feu commence dans le wagon S-7 que les passagers parviennent à éteindre. Mais l’attaque s’intensifie et le wagon S-6 prend feu. Des projectiles sont lancés sur les passagers qui tentent de s’enfuir. 58 pèlerins sont brûlés vif, dont 27 femmes et 10 enfants.

     Tout est fini à 8h et quart, en 20-25 minutes.

     Qu’en dit la presse indienne ? Imaginons un wagon de Français revenant d’un pèlerinage à Lourdes, brûlés vifs. Curieusement, au lieu de condamner l’événement sans ambiguïté, la presse indienne de langue anglaise a cherché à justifier l’acte : « Les pèlerins ont provoqué en chantant trop de bhajans », ces chants dévotionnels. Ou encore : « C’est parce que les pèlerins revenaient d’Ayodhya où ils demandent que soit reconstruit le temple au lieu de la naissance de Râma, cela heurte les sentiments des musulmans » (qui l’avaient démoli à une autre époque pour y construire une mosquée [2]). En un mot, ces victimes brûlées vives étaient coupables.

La colère du peuple

     Le peuple du Gujarat n’a pas réagi tout de suite. Trop choqué, mais surtout, plus encore que l’événement même, c’est l’insensibilité de « l’élite » indienne, et celle des médias, qui a outragé les Gujaratis. Et lorsque les corps calcinés ont commencé à arriver dans leurs familles respectives sans qu’aucune voix réconfortante ne s’élève, ni du gouvernement, ni des journaux ou des chaînes de télévision — nulle condamnation de cette barbarie mais un silence assourdissant d’indifférence — ce peuple de la non-violence, de la patience unique, a explosé.

     Quand un peuple ne se sent pas soutenu par une justice, ou par un code civil qui traite de façon égale ses citoyens, on peut s’attendre à ce qu’il explose. En l’occurrence, il y a eu une révolte dans tout le Gujarat. Pendant trois jours, des dizaines de milliers d’hindous, déchaînés, ont incendié les établissements musulmans, les boutiques, les maisons, les véhicules : de tous les bords, tous les partis, incontrôlables — on ne contrôle pas une révolution. 720 morts du côté musulman, 250 du côté hindou, chiffres officiels.
 
     On a parlé dans la presse d’un « génocide de musulmans ». Avons-nous lu un article décrivant les hindous qui ont héroïquement aidé à sauver un grand nombre de musulmans dans leurs quartiers ? Avons-nous vu seulement une interview d’une famille hindoue à la suite de l’incendie criminel du Sabarmati Express ? Plus d’un quart des morts était hindou. Où classer les 250 victimes ? Qui a évoqué les morts du côté hindou ? On a beaucoup vu le conseiller municipal du parti du Congrès, Taufeeq Khan Pathan, et son fils, bandits notoires, à la tête des émeutes musulmanes. Quel dossier a mentionné que les plus violents événements sont survenus à la suite de provocations de ces leaders ? Le rapport annuel 2002-2003 du ministère de l’Intérieur stipule que 40 000 hindous s’étaient réfugiés dans des camps. Pour se protéger de qui ? Quel en était le besoin s’ils étaient les principaux agresseurs ?

     Les accusés de terrorisme ont un soutien politique, ils ont l’aide des médias et d’une foule d’organisations obscures, toujours sous l’égide des « droits de l’homme », pour les défendre. Mais ces victimes dont la vie est fauchée sans raison, ne sont-elles « humaines » pour avoir quelque droit ? La majorité du peuple qui s’est révoltée n’est ni riche ni particulièrement intellectuelle — ni de droite ni de gauche : ce sont les gens simples, des Gujaratis moyens, des ouvriers, et même des tribus — mais pas seulement, car une partie de la classe moyenne supérieure, dont beaucoup de femmes, s’était jointe à la révolte.

 
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19:49 Écrit par Dharma Today dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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