22/04/2007

Ugaadi ou le triomphe de la victoire 1/2

Aujourd’hui est célébré le nouvel an telugu, qui s’annonce de bon augure, malgré les obstacles et tensions que prévoit en amont l’almanach sacré.

77La victoire est au bout du chemin pour tout le monde. Tel est le message qu’apporte ce nouvel an telugu. Sarvajit Nama Ugaadi. “C’est ainsi qu’a été proclamée cette nouvelle année qui débute ce 20 mars. Sarva signifiant tout entier et jit, victoire. Tout un chacun pourra conquérir ce qu’il veut. Encore faut-il qu’il le fasse convenablement”, annonce de bon augure Ramdass Ellayah, président du Mauritius Andhra Maha Sabha de Grande-Rivière-Nord-Ouest.

Mais le Panchangam, almanach sacré, prévoit, en amont, bien des obstacles et des tensions dans la société mauricienne avant d’atteindre cette fin heureuse. Il faudra ainsi faire preuve de beaucoup de compréhension, instaurer le dialogue et promouvoir une entente mutuelle parmi la population afin de bénéficier de la sarvajit. “Ce jour d’Ugaadi est l’occasion pour chaque fidèle de renouveler sa décision de dédier sa vie à une certaine discipline spirituelle, abandonnant ainsi les mauvaises habitudes qui risquent d’interférer dans sa vie. Trouver, tout le long de l’année, le temps pour prier. Il doit en ce jour se résoudre à se défaire de ses vieux préjugés et de ses principes mités”, rappelle l’acharya (prêtre) Narasimha Siayaloo.

Pour le nouvel an, il ne suffit pas de se parer de nouveaux habits, mais il faut surtout cultiver de nouveaux idéaux et partager l’amour avec tout un chacun. Comme le rappelle Rajendra Appalsamy, jeune père de famille de 30 ans et président du temple Shree Saraswatee Aalyam à Piton : avant de pouvoir porter ces vêtements neufs, il faut qu’ils aient été bénis par les dieux et les parents et grands-parents décédés. Véritable devoir de mémoire qu’il incombe d’inculquer à la jeune génération.

“(...) pour susciter l’intérêt
de la jeune génération,
le programme culturel de ce
jour de l’An démontre (la)
réalité des choses. Les musiques
traditionnelles en côtoient
d’autres, un peu plus modernes.
Des danseurs de pop succéderont
aux danseurs de kuchipudi,
danse traditionnelle
qui évoque les dieux.”


“Le nouvel an est propice pour faire passer le message aux jeunes afin que les traditions perdurent. Il faut aussi promouvoir la langue telugu. Sinon j’ai bien peur que tout périclite dans cinq à dix ans”, rappelle Rajendra Appalsamy. Ce qui n’a pas été son cas, puisque ses parents lui ont montré très tôt le chemin du temple. Et c’est avec un réel bonheur que, dès sept ans, il se rend très souvent au mandiram, à la sortie de l’école.

Passionné de musique, il va suivre des cours de chant chaque vendredi. Aujourd’hui, c’est lui qui dispense ces cours. “C’est un juste retour des choses. Il ne faut pas uniquement faire entrevoir aux jeunes un monde religieux, régi par une prédominance de la prière. La communauté telugu, ce n’est pas seulement à caractère religieux. C’est aussi une culture. Et sans culture, il n’y a pas de langue et sans langue, il n’y a pas de religion. Il faut attirer les jeunes avec des concours de chant, de danse et de théâtre”, suggère Rajendra Appalsamy.

Même constatation de Ramdass Ellayah qui, cette année, a pris les devants pour susciter l’intérêt de la jeune génération. Le programme culturel de ce jour de l’An démontre cette réalité des choses. Les musiques traditionnelles en côtoient d’autres, un peu plus modernes. Des danseurs de pop succéderont aux danseurs de kuchipudi, danse traditionnelle qui évoque les dieux.

“Il faut évoluer avec son temps. Préserver la culture et la tradition telugu parmi les jeunes sans les départir de leurs aspirations. Faire en sorte qu’il y ait un réel échange entre les différentes générations”, préconise Ramdass Ellayah. C’est ainsi que le Mauritius Andhra Maha Sabha a décrété l’année 2007, l’année de la famille. Car, si la famille n’est pas solide, intègre et harmonieuse, elle ne peut pas aspirer à la sarvajit.

Comme toutes les autres à Maurice, la communauté telugu se sent concernée par tous les aspects du pays, qu’ils soient économiques, sociaux et politiques. Elle compte continuer à jouer pleinement son rôle pour le développement et le bien-être de tous. Mais est-ce que cette communauté trouve réellement sa vraie place dans la société ?

“Oui et non. Nous vivons, certes, dans un pays multiethnique et berçant plusieurs religions. Nous avons, bien sûr, notre place mais cela n’empêche que, parfois, nous nous sentons marginalisés”, répond Ramdass Ellayah.


Lever une ambiguïté

“Il faudra avoir un juste équilibre entre toutes les composantes de la société mauricienne concernant les activités sociales, professionnelles, commerciales et politiques.” Il est opportun, précise le président du Mauritius Andhra Maha Sabha, que cette communauté garde ses spécificités propres tout en s’ouvrant vers l’extérieur.

Cela se fait, notamment, par la transmission de l’écriture et le parler telugu. “Notre source demeure tout de même le sanskrit et la religion, l’hindouisme”, souligne Rajendra Appalsamy, lui-même enseignant de telugu dans une école primaire et animateur radio dans cette langue.

Parfois, un amalgame se fait entre certains groupes de la population mauricienne, notamment entre les Tamouls et les Telugus. Ambiguïté qu’il incombe de lever. “Le Tamoul est originaire de Tamil Nadu et le Telugu de l’Andhra Pradesh. Les deux États se trouvent dans le sud de l’Inde. D’où, quelquefois, une certaine confusion. Certes, il y a certains aspects en commun mais la culture, la langue et les coutumes diffèrent”, précise Ramdass Ellayah.

Aujourd’hui, l’esprit est au partage et à l’ouverture. L’ugaadi pachadi (voir hors-texte) est distribué à tous ceux qui rendent visite aux familles telugu. Une fois goûté, ce mélange de saveurs se révèle un excellent vaccin contre tous les maux de la vie. Les aléas de l’année 2007 seront, alors, envisagés avec calme et sérénité.

Article de l'Express.Mu du 20 mars 2007

10:21 Écrit par Dharma Today dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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