21/04/2007

Se purifier pour accueillir le Nouvel An...

77Une fête de recueillement devant le grand mystère de la création. Pour les télégous, une nouvelle année commence avec ses espoirs et ses appréhensions. Et il importe de rechercher la protection de Dieu.

 

Leurs ancêtres, au nombre de 936, avaient émigré à Maurice dans les années 1830. Et la communauté télégoue, qui s’élève maintenant à environ 100 000, célèbre aujourd’hui Ougadi, le nouvel an. Ougadi, c’est précisément l’occasion de mettre toutes les chances de son côté pour affronter l’année sous de meilleurs auspices.

Ainsi, en ce jour spécial, avant le lever du soleil, Ananda prendra son mangal snanam, un bain purificateur. Le corps est enduit d’huile de chandrika connue pour ses effets thérapeutiques. Il subit aussi un massage à base de certaines céréales.

Des habits neufs sont de circonstance avant d’offrir le patchadi, un gâteau composé, entre autres, de mangue, sucre, tamarin, sel, piment et fleurs de lilas. Ces différents ingrédients sont le symbole des éléments de la vie, avec ce qu’ils ont d’agréable et de moins agréable. Ils sont offerts à Dieu lors d’une prière à la maison. Le dévot est béni afin de pouvoir affronter les différentes difficultés qui se présenteront à lui durant ce cycle.

Ougadi, c’est la rencontre entre “Yuga” (période ou ère) et “Adi” (commencement). “Ougadi, c’est le premier jour. Le jour de la création du monde”, confie d’emblée l’acharya (prêtre), Rameshwaram Mandiram, qui exerce à Belle-Vue-Maurel.

C’est aussi le jour où les prêtres vont lire le panchagum, l’almanach hindou. Les télégous vont prendre connaissance de ce que leur réserve l’année à venir notamment sur le plan politique, social, et culturel.

Ils ne se préparent pas aux seuls heurs mais aussi pour faire face aux malheurs. Car une certaine philosophie de la vie engage l’humain dans la voie de la douleur et du plaisir. C’est de sa capacité à accepter cette dualité qu’il se donne les moyens de vivre sson être dans toute sa plénitude. Et qu’ils recherchent la protection de Dieu.

Cette acceptation des aléas de la vie prend la forme symbolique du patchadi qui sont aussi distribués aux voisins et proches alors que les foyers sont décorés de motifs esthétiques, le Mugga.

La célébration de la création de l’univers par le dieu Brahmâ peut commencer. “C’est une occasion pour nous de commencer le recueillement à la maison, d’aller au temple avant de communiquer tout cet esprit de prière à tout le village et au voisinage”, explique Rameshwaram Mandiram.

Après les prières aux temples, les fidèles rentrent chez eux pour un déjeuner familial. Celui-ci prend la forme du pulihora, un plat spécial composé de riz, de moutarde, de jus de tamarin, de safran, de piment sec et de noisette. La journée se poursuit dans un esprit festif et de rencontres.

L’Arisellu est partagé. C’est un moment de pure réjouissance, que les relations aient été bonnes ou mauvaises, l’Ugadi Shubakamshalu se veut des vœux pour un changement.

 

Note d’histoire

■ Si les premiers télégous sont arrivés à Maurice vers 1835, la fête Ougadi, elle, ne sera célébrée qu’à partir de 1962. C’est le pundit Dharmanand Gunnay qui l’introduit en 1960 à son retour des études de 14 ans en Inde. Un jour férié est décrété à cette occasion en 1965. Depuis,les télégous célèbrent chaque année ce moment d’intense ferveur. Les télégous de Maurice sont originaires de l’Andhra Pradesh, Inde. Le télégu est la deuxième langue la plus parlée en Inde. Outre l’Ougadi, les télégous célèbrent d’autres importantes fêtes dont l’Andhra Day, le 1er novembre, date à laquelle l’Andhra Pradesh devint un Etat linguistiquement indépendant.

 

Pour un partage interculturel

■ Ougadi est célébré par toutes les associations religieuses télégoues mais aussi par des fédérations religieuses hindoues. La fête revêt une dimension qui transcende les croyances particulières pour regrouper toute la communauté hindoue. A cet effet, la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation (MSDTF) propose une série d’activités. Ainsi des prières sont organisées aujourd’hui dans les 250 “mandirs” (temples) de la MSDTF. “L’objectif de la fédération est de revaloriser toutes les fêtes hindoues. Célébrer Ougadi répond à cette logique. Nous souhaitons qu’il y ait plus de ferveur et de dévotion pour l’ensemble de la communauté”, expliquent des responsables de la MSDTF. La fête est aussi l’occasion pour des associations régionales de proposer des activités. Abondant dans le même sens que la MSDTF, Sooven Ramsawmy, secrétaire de l’Amitié Telugu Sewakula Sangham du village de l’Amitié, plaide pour un partage interculturel et interreligieux. “Nous travaillons avec d’autres associations dans un esprit de respect des religions et d’échanges intercommunautaires”, fait-il ressortir. L’Amitié Telugu Sewakula Sangham organise en ce sens des programmes au-delà des seules considérations religieuses, qui touchent tout le village. “Par exemple, le combat contre la drogue et contre la délinquance concerne tout le monde. Donc, nous nous investissons dans cette direction”, fait remarquer Sooven Ramsawmy. Ougadi, c’est aussi cet esprit de partage et d’ouverture.

 

Article de l'Express.Mu du 30 mars 2006

14:02 Écrit par Dharma Today dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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