26/04/2006

Qui est véritablement Indien?

Définir les Indiens comme étant ceux qui vivent en Inde est, en fait, trop simpliste car une telle définition ne révèle pas les véritables caractéristiques d'un Indien. Nul ne peut être considéré Indien s'il ne respecte ni n'adopte les valeurs et les critères par lesquels l'Inde antique, plus que toute autre civilisation au monde, a atteint le sommet de la gloire. Même l'Occident, si prospère sur le plan matériel, honore et respecte l'Inde pour ses merveilleuses culture et civilisation. Le véritable Indien sera, par conséquent, celui qui se conforme aux pratiques et systèmes ancestraux formellement recommandés par les Vedas.


Jadis, l'attitude et le comportement de tous reposaient sur les enseignements des Vedas, ce qui valut à l'Inde sa renommée. A cette époque, les gens respectaient et adoptaient la philosophie védique de tout leur coeur et la mettaient en pratique dans leur existence.

L'adhésion à l'esprit des lois védiques était symbolisée, par exemple, par le port de la sikha pour les hommes (mèche de cheveux sur le derrière de la tête, au sommet, qui n'était jamais coupée ou rasée).

Au fil du temps, cependant, l'irruption des idées occidentales tourna cette pratique en ridicule, réduisant ainsi presque à néant l'importance des préceptes védiques. Les Vedas visaient à enseigner la réalisation du soi, ou la connaissance du Brahman, et seul un véritable Indien y parvenait. Celui qui ne possédait pas cette connaissance ne pouvait être tenu pour un Indien.

Tous les textes anciens, dont les Vedas, étaient rédigés en sanskrit, la langue classique. Le mot sanskrit signifie 'pur, raffiné'. Aucune autre langue ne permet d'expliquer en détail le Brahman sous tous ses aspects.

sarvasya caham hrdi sannivisto
mattah smrtir jnanam apohanam ca
vedais ca sarvair aham eva vedyo
vedanta-krd veda-vid eva caham

"Je Me tiens, en tant qu'Antaryami, dans le coeur de toutes les entités vivantes. De Moi viennent le souvenir, la connaissance et l'oubli. Le but de tous les Vedas est de Me connaître. En vérité, J'en suis l'origine, et Je suis Celui qui a composé et connaît le Vedanta." (Bhagavad-gita 15.15)


Il est déplorable que le sanskrit, langue principale de l'Inde aux temps védiques, mais aussi langue employée dans le monde transcendantal pour communiquer avec le monde extérieur, ait été récemment décrétée «langue morte» et remplacée par l'anglais. Les prétendus Indiens d'aujourd'hui se sont tellement épris de la langue et culture anglaises qu'ils en ont perdu le droit d'être appelés Indiens.

L'érudition en matière de textes védiques n'est acquise qu'en cultivant le plus élevé des gunas, le sattva-guna (la pure vertu). La voie du tamas (l'ignorance) ne peut jamais conférer la vertu sattvique dont les qualités ne s'obtiennent, se cultivent et se préservent que par la discipline et une bonne conduite, ce qui inclut une nourriture correcte et d'autres habitudes de vie.

De nos jours, les gens ont tendance à s'enorgueillir d'ignorer les enseignements de nos sages et à consommer poisson, viande et oeufs.

 

Un tel comportement relève nettement d'une mentalité tamasique (gouvernée par l'ignorance) et s'oppose aux préceptes védiques permettant d'atteindre les qualités sattviques (régies par la vertu). Même un homme de religion différente désirant comprendre les Vedas pouvait le faire, à condition de cuisiner pour lui-même une nourriture austère, sans huile ni condiments, et ceci durant toute sa période d'apprentissage. Les relations sexuelles étant interdites dans l'éducation védique, il devait également pratiquer l'abstinence, le brahmacarya.

urdhvam gacchanti sattva-stha / madhye tisthanti rajasah
jaghanya-guna-vrtti-stha / adho gacchanti tamasah

"Ceux qui sont situés dans le mode de la vertu se dirigent graduellement vers les planètes supérieures, ceux qui sont influencés par la passion demeurent sur les planètes moyennes, terrestres, et ceux qui sont gouvernés par l'ignorance choient dans les mondes infernaux." (Bhagavad-gita 14.18)
La connaissance du Brahman ainsi acquise se transforme en dévotion et en amour pour l'Etre Suprême.

 

Caitanya Mahaprabhu, qui répandit le message d'amour à travers le monde, nous enseigna également les mérites des vertus sattviques. Ses enseignements nous interdisent de consommer de la nourriture non-végétarienne. Nous remarquons avec grande satisfaction que les gens du monde extérieur deviennent petit à petit réceptifs à Ses idéaux et commencent à reconnaître les valeurs d'un mode de vie sattvique, incluant le végétarisme.

 

Ceux-ci méritent d'être appelés Indiens, mais non ceux qui, bien qu'habitant en Inde, se conduisent de la façon la plus tamasique qui soit, contraire à l'idéal et aux enseignements de nos sages ancestraux. De telles personnes ne s'opposent pas seulement au chant du harinama, mais peuvent aussi avoir honte de le pratiquer. Les étrangers, y compris les Occidentaux, découvrent les qualités de notre pays, tandis que nos propres concitoyens s'en détournent. Quelle ironie!

Négliger le sanskrit et adopter un comportement tamasique constituent les caractéristiques principales de l'éducation actuelle. Les vêtements que nos enfants portent à l'école, ainsi que la nourriture qu'ils consomment, changent insidieusement; l'«indianité» disparaît peu à peu. Dans nos écoles et nos lycées, la connaissance spirituelle n'est pas du tout enseignée.

Chanter ou réciter le harinama est considéré démodé et passe pour une pratique honteuse. Devrions-nous appeler de tels gens des Indiens? Posons-nous la question.

Le plaisir égoïste (bhoga) et le service ou la dévotion (bhakti) sont deux concepts opposés. Le premier se réfère à la satisfaction individuelle des sens, alors que le second vise celle du Seigneur ou de l'Etre Suprême, Sri Hari. L'un est un désir rempli d'égoïsme, tandis que l'autre en est dépourvu et consiste en un service à Sri Hari qui, dans sa forme la plus élevée, devient amour pour le divin. C'est ce que Mahaprabhu ou Sri Nityanandaji ont enseigné.

De plus, la bhakti est, selon Eux, plus importante que la richesse (artha), ou le salut (moksa) qui n'est que la forme aboutie du bhoga, du plaisir égoïste dépourvu de bhakti.

tara madhye moksa-vancha kaitava-pradhana
yaha haite krsna-bhakti haya antardhana

"La voie la plus trompeuse est de désirer la libération en se fondant en le Suprême, car ainsi disparaît à jamais le service d'amour offert à Krishna." (Sri Caitanya-caritamrita, Adi-lila 1.92)
Si nous analysons les enseignements de Mahaprabhu, nous pourrons comprendre ce qu'Il signifiait par moksa, et comment elle nous écarte de la bhakti qu'Il vint répandre. Si notre but est de nous libérer du cycle des morts et des renaissances, ainsi que de tous les maux de cette vie et de la suivante, nous nous écartons de notre véritable objectif: notre amour pour Sri Hari et notre service envers Lui.

 

A quoi bon la moksa si le service que nous offrons au Seigneur est interrompu? Mais cette moksa nous conduit inévitablement à cesser notre service d'amour, c'est pourquoi les Vedas n'enseignent ni n'encouragent ce type de libération. La véritable moksa est subordonnée au service offert à Sri Hari et à Lui seul, maintenant et toujours.

krsna-bahirmukha haiya bhoga-vancha kare
nikata-stha maya tare japatiya dhare

Désirer la mauvaise moksa, lorsque l'on est cerné par l'illusion (maya), revient à encourir un risque qui nous plonge toujours plus profondément dans le chagrin et la souffrance. Les Vedas sont apparus à seule fin de nous enseigner cette vérité sublime (Prema-vivarta),
maya-mugdha jivera nahi svatah krsna-jnana
jivere krpaya kaila krisna veda-purana

"Par ses propres efforts, l'âme conditionnée ne peut raviver sa conscience de Krishna. Mais dans Sa grâce immotivée, Sri Krishna a rédigé les Ecrits védiques et leurs corollaires, les Puranas." (Sri Caitanya-caritamrita, Madhya-lila 20.122)
En compagnie des purs dévots (sat-sanga), nous recevons la connaissance de ce que sont le service et l'amour offerts à Krishna, et ainsi nous nous élevons.

A l'inverse, en mauvaise compagnie (asat-sanga), nous Lui devenons hostiles et nous avilissons.

mahat-sevam dvaram ahur vimuktes
tamo-dvaram yositam sangi-sangam
mahantas te sama-cittah prasanta
vimanyavah suhrdah sadhavo ye

"On ne peut accéder à la voie de la libération de l'esclavage matériel qu'en servant des êtres spirituellement très avancés, qu'ils soient impersonnalistes ou dévots du Seigneur. Que l'on veuille se fondre dans l'existence du Seigneur ou vivre en Sa compagnie, on doit servir les mahatmas.

Quant à ceux pour qui cette voie ne présente aucun intérêt, qui recherchent la compagnie des hommes épris de femmes et de plaisirs charnels, le chemin de l'enfer leur est grand ouvert.

 

Les mahatmas font preuve d'équanimité et ne voient aucune différence entre les êtres vivants. Parfaitement paisibles, ils s'absorbent dans le service de dévotion. Ils ignorent la colère et oeuvrent pour le bien de tous; leur conduite n'est répréhensible en aucune façon. De telles personnes sont dénommées mahatmas." (Srimad-Bhagavatam 5.5.2)


L'activité sexuelle sans restriction constitue l'exemple même du plaisir sensoriel (bhoga) et de la mauvaise fréquentation (asat-sanga). Une implication obsessionnelle et excessive dans cette activité a répandu l'obscurité sur les nations occidentales, par ailleurs très riches sur le plan matériel.

 

Et cela les a tant avilies qu'elles ne méritent pas qu'on leur rende hommage pour leur prospérité matérielle. L'idée maîtresse des enseignements de nos textes anciens réside en l'exécration des richesses matérielles et du plaisir des sens, sources d'affliction et de tourments, afin que la bhakti puisse s'imprégner dans nos esprits.

Yama, le deva en charge de la mort, a déclaré que tout lieu où le Seigneur Hari n'est pas adoré est un véritable enfer et que, par conséquent, ses occupants sont contraints au malheur et à la souffrance.

En revanche, là où le Seigneur fait l'objet d'un culte, les membres de ce foyer reçoivent une protection divine. Si la population de l'Inde moderne croit marcher sur la voie du progrès en suivant aveuglément l'exemple de l'Occident en matière de bhoga et de confort matériel, elle se fourvoie complètement.

prthivite ache yata nagaradi grama
sarvatra pracara haibe more nama

"Dans toutes les villes, tous les villages, Mon nom sera chanté." (Sri Caitanya-caritamrita, Adi-lila 17.203)
En dépit des ténèbres environnantes, Mahaprabhu a bon espoir que Son message et Ses enseignements toucheront tout le monde en Inde, et que tous seront prospères grâce aux voies qu'Il a recommandées. Ils atteindront ainsi la réalisation spirituelle et deviendront alors de vrais Indiens."

 

Article de la Gaudya samiti, une branche gaudya vaishnava

17:30 Écrit par Dharma Today | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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