10/04/2006

Formation indienne pour Basdeo Bissoondoyal

Basdeo Bissoondoyal quitte Maurice le 12 avril 1933 pour Lahore, Inde, à bord du S.S. Jehangir. Le choix s’impose de lui-même. Cette ville est considérée comme l’Athènes de la Grande Péninsule. Elle est de plus intimement associée au mouvement Arya Samaj. Elle s’enorgueillit à juste titre du collège universitaire du Punjab, et par-dessus tout, du Dayanand Anglo-Vedic College. Sa création en 1868 relève du mythe. Sa devise est un programme en elle-même : instruction, piété, patriotisme.

À Lahore, Basdeo parvient à se faire inscrire au DAV College. Il a le bonheur de retrouver Leckram, un ancien habitant de notre Coromandel, comptant parmi les fondateurs de l’Arya Samaj de Maurice. Il fait la connaissance d’un autre Mauricien, Sadashiva Padyachi, qui y étudie le sanskrit. Le DAV College encourage ses professeurs et ses étudiants à partager la vie communautaire.

Après avoir obtenu son B.A. (Hons) de l’université du Punjab, Basdeo Bissoondoyal se rend à Calcutta pour son diplôme de M.A. En sus d’être un des foyers intellectuels les plus influents de l’Inde, cette métropole est le carrefour des courants politiques les plus décisifs de l’entre-deux guerres. Réformateurs, initiateurs, promoteurs, propagateurs côtoient allégrement les contestataires et les agitateurs les plus virulents. Si Lahore demeure son point d’ancrage religieux et mystique, Calcutta développera son sens politique.

Il y est devenu une tout autre personne encore que celui, qui quitte son île natale pour compléter sa formation académique dans la Grande Péninsule, fait figure de pionnier dans l’île Maurice de cette époque. Il gagne beaucoup en assurance et en maturité. Il n’éprouve plus aucun complexe d’infériorité quand il s’agit d’écrire, de discourir, d’enseigner et même de prêcher. Les enseignements de swami Dayanand continuent à l’inspirer. Sa vie change pourtant du tout au tout après ses contacts approfondis avec la vie et l’œuvre du Mahatma Gandhi.

Il connaît pourtant ses écrits et ses méthodes de travail et d’action. Il n’ignore rien de l’importance décisive de son combat pour la vérité, la résistance pacifique, la non-violence, le refus de toute collaboration avec le colonialisme, le jeûne. Il est appelé à devenir le témoin oculaire de grands événements politiques. Il suivra, à la minute près, chacune des arrestations, des emprisonnements et des grèves de la faim de Mohandas Karamchand Ghandi.

Il participe aux vastes processions, aux meetings monstres, des partisans du mahatma qui n’hésitent pas à en découdre avec la police aux ordres du colonialisme. Il est de tous les combats gandhiens qu’il s’agisse des grèves, du boycott des produits britanniques et des bureaux gouvernementaux, pactisant avec l’occupant anglais. Il adhère, bien sûr, de toute son âme et de toutes ses forces au Congrès national indien, le parti politique dirigé, entre autres, par Jawaharlall Nehru et s’inspirant largement de la pensée gandhienne. Il est de ceux qui réclament à grands cris le départ du dernier occupant anglais et l’indépendance de l’Inde millénaire.

En 1939, Basdeo Bissoondoyal obtient son B.A. (Hons) en anglais. Il songe au retour au pays natal. Il accepte pourtant un poste d’enseignant, dans une université de Gurukul Kanggri, gérée par l’Arya Samaj, d’où son surnom de professeur Bissoondoyal, aussi populaire à Maurice que celui de pandit. Une grande tâche l’attend à Maurice. Il doit y réformer bien des aspects de la vie quotidienne de bon nombre de ses coreligionnaires.

La communauté hindoue s’est encore affaiblie pendant ses années indiennes et universitaires. Elle a beaucoup souffert de la dépression économique suivant le krach de Wall Street. Bon nombre de familles d’origine indienne résistent mal à ces années de régression et se retrouvent ruinées ou presque. D’autres courants revendicateurs font leur apparition. Le petit peuple se retrouve déboussolé entre les anciens meneurs villageois affaiblis et de nouvelles forces nouvelles mais souvent troublantes, déstabilisantes.

Les débats publics ne manquent pas en cette décennie 1930-39, qu’il s’agisse des revendications syndicales et politiques que de l’émancipation de la Mauricienne. Ces questions et toute cette agitation socio-politique ont certes leurs attraits et bienfaits. Elles malmènent toutefois l’unité de la communauté car il arrive parfois, hélas, que les points de divergence l’emportent sur ceux de convergence. On se dispute volontiers sur la nécessité de maintenir un système castéiste des plus rigoureux, sur certains rituels du mariage, sur l’éducation à donner aux filles, trop souvent les laissées-pour-compte de la famille trop traditionnelle.

On ne compte plus les villages divisés en deux camps, en deux factions, se tournant le dos, refusant de prier ensemble. Les désertions et les abandons se multiplient notamment au niveau de la pratique religieuse et de l’usage des langues indiennes. La méconnaissance de l’Inde et des valeurs millénaires tous azimuts n’est pas le moindre des signes d’affaiblissement de la communauté hindoue.

Elle n’a jamais été autant dans l’attente d’un meneur capable de la sortir de sa torpeur afin qu’elle puisse occuper la place proéminente qui lui revient de droit. Bref, l’île Maurice d’origine indienne attend le retour d’un meneur, d’un chef historique qui peut être Basdeo Bissoondoyal.

La mission de réformer la communauté hindoue de Maurice, il n’hésite pas à se l’assigner. La mission ne lui fait pas peur malgré son ampleur. Il a besoin cependant d’un mouvement. Ce sera le Jan Andolan qu’il crée dès son retour. Ses objectifs sont : 1. unir toutes les sections de la grande famille hindoue mauricienne ; 2. prêcher l’hindouisme ; 3. promouvoir le sentiment de solidarité entre hindous ; 4. former et entraîner les jeunes et les travailleurs sociaux d’âge moyen ; 5. prêcher à temps et à contre-temps ; 6. empêcher la conversion des hindous vers d’autres religions ; 7. enseigner et promouvoir la langue hindi ; 8. éveiller les femmes d’origines indiennes aux réalités sociales et communautaires ; 9. empêcher l’exploitation et la victimisation des travailleurs et 10. publier des livres religieux et philosophiques.

Source : [l'express.mu] / Yvan MARTIAL

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