31/03/2006

Satsang du 25 mars 2006

TEXTE DU JOUR :

 

Alors qu’il retournait retrouver les autres devas, Indra commença à avoir des doutes. Il pensa : « Dans le rêve, l’Âtman semble souffrir ou être tué. Il a l’expérience de la peine et de la souffrance ! L’Âtman ne  peut être cela qui erre joyeusement dans le royaume du rêve ! » Indra retourna à Prajâpati et vécut avec lui pendant encore trente-deux ans. A la fin de cette période, Prajâpati dit : « Cela qui permet à une personne de dormir profondément, avec un esprit tranquille, non perturbé par les rêves, est l’Âtman – sans crainte et immortelle ! Et l’Âtman est Dieu qui est suprême ! » Indra fut satisfait et quitta Prajâpati.

Alors qu’il retournait retrouver les autres devas, Indra eut un doute : Pendant le sommeil profond, on n’est pas conscient ni de soi, ni de quiconque d’autre ! Ainsi, l’état de sommeil profond est très proche de celui de l’extinction ! L’Âtman ne peut donc être cela qui permet à quelqu’un de dormir profondément, sans être perturbé par le rêve ! »

Indra s’en retourna voir Prajâpati et vécut avec ce dernier encore cinq ans. A la fin de cette période, Prajâpati dit : « Le corps est périssable mais l’Âtman est impérissable ! Le corps est soumis au plaisir et à la peine ; celui qui s’identifie au corps, ne peut échapper au plaisir et à la peine ! Mais ceux qui savent qu’ils ne sont pas le corps, transcendent le plaisir et la peine. Ils jouissent de la plénitude perpétuelle ! »

           

Chandogya Upanishad 8.10.1b-4 ; 11.1-3 ; 12.1

 

 

Maturité émotionnelle

(Suite)

Swami Dayananda Sarasvati

 

Le dharma nécessite d’être interprété

 

Kaushalam (l’habileté) par rapport à l’action est donc la conformité avec l’ordre du dharma. Cette conformité nécessite la connaissance du dharma ainsi que la capacité d’interpréter le dharma suivant les situations. Kaushalam implique ainsi une expertise, une maîtrise dans l’interprétation car le dharma est une loi et aucune loi n’est absolue. Toutes les lois doivent être interprétées en tenant compte des conditions présentes dans chaque situation.

 

Prenons l’exemple de ce précepte ou de cette injonction : « Satyam vada ! Dis la vérité ! » Il arrive souvent que la manière, la forme avec laquelle la vérité est dite provoque du mécontentement, de la colère. Le précepte est donc précisé : « Priyam vada ! Dis ce qui est plaisant ! » Puissiez-vous dire la vérité et que cette vérité soit dite de manière plaisante, agréable. Pour aller plus loin, ce que nous disons peut être vrai, dit de façon plaisante ou aimable, mais il est possible que cela ne serve aucun but. Il est donc dit : « Hitam vada - Dis ce qui est bénéfique, utile ! » Puissiez-vous dire la vérité, aimablement et que cela soit aussi  bénéfique.

 

Supposez qu’un homme vienne vous demander protection et vous dise : “Je suis poursuivi par un homme, ma vie est en danger ! Protégez-moi, je vous prie !” Vous laissez cet homme entrer dans la maison et lui demandez de se cacher derrière un placard. Un peu plus tard, un deuxième homme arrive à la recherche du premier et il veut savoir si quelqu’un est venu ici pour chercher refuge. Qu’allez-vous faire dans ce cas ? Allez-vous dire la vérité et donner l’homme qui s’est caché de cet agresseur, ou allez-vous prétendre ne rien savoir ? Si vous dites la vérité, l’homme va sûrement perdre la vie, et par conséquent, soit vous dites un mensonge et déclarez que vous ne savez rien, soit vous voulez dire la vérité et vous vous assurez que l’agresseur ne peut entrer sans passer par vous et vous tuer au préalable. Cette situation demande donc que l’injonction en question soit interprétée car on ne doit dire la vérité que si elle est également bénéfique, bienfaisante.

 

Nous devons comprendre qu’aucun précepte n’est absolu. Si les impératifs étaient absolus, personne ne pourrait s’y conformer. Toutes les lois doivent être interprétées et il y a aucun mal à cela. Prenez le cas de la loi de la gravité. Ici sur terre, une fleur que l’on tient, tombe si on la lâche, mais ce n’est pas le cas dans un vaisseau spatial. Dans ce cas, elle peut continuer à flotter dans les airs ou se déplacer sur les côtés. Toutes les lois doivent donc être interprétées. C’est pourquoi on nous enseigne le dharma au travers des histoires du Mahâbhârata et du Râmâyana. Un certain nombre de situations sont mises en scène et les lois du dharma interprétées. C’est ainsi que même de nos jours, nous nous demandons s’il était juste que le Seigneur Râma frappe Vali par derrière, ou s’il fallait qu’Arjuna tue Karna alors que ce dernier était dépourvu de toute arme. Karna a supplié Arjuna de l’épargner car il était sans armes. Le Seigneur Krsna a demandé à Arjuna de frapper Karna car il n’était pas sans armes, il avait été désarmé ! Il y a une grande différence entre être sans armes et avoir été désarmé.

 

Ainsi, chaque situation nécessite une interprétation de la loi. La Gîtâ elle-même est une interprétation de certaines lois cosmiques. En conséquence, vous devez sans cesse  interpréter les lois, mais quand vous les interprétez, assurez-vous que n’en tirez pas un avantage au détriment de quelqu’un d’autre, car on a généralement tendance à interpréter la loi en sa faveur.

 

Prenons le cas d’un médecin qui essaye de se conformer à l’impératif de dire la vérité. Voilà un patient qui vient d’être opéré dans le but de déterminer si sa tumeur était maligne ou non. Les analyses sont là et la tumeur a été identifiée comme maligne. Le patient demande au médecin le résultat des analyses. Qu’est-ce que le médecin doit lui dire ? Si le médecin sent que le patient n’est pas prêt à affronter la vérité, il va déclarer tranquillement que les analyses indiquent que la tumeur n’est pas maligne. Non seulement il va dire un mensonge, mais il va demander aux membres de la famille et les amis du patient de faire de même. Peut-être que plus tard, quand le patient sera prêt, il lui révèlera la vérité. Pouvez-vous dire que le médecin va à l’encontre du dharma ? Je ne dirai pas cela car dans ce cas, le médecin ne retire pas de bénéfice personnel de son interprétation du dharma ; c’est le patient qui en bénéficie. Il n’a donc pas menti mais géré la situation. Par conséquent, le dharma n’est pas rigide, il est en mouvement, dynamique et il doit être interprété. Cette capacité d’interpréter le dharma fait  aussi partie de kaushalam.

 

La conformité au dharma est la maturité          

 

Le yoga n’est donc pas l’habileté dans l’action. Le yoga est l’attitude juste qui vous permet de choisir l’action appropriée en restant avec le dharma. Vous devez mettre de côté vos râga et dvesha individuels et suivre l’ordre du dharma. Quand, dans une situation donnée, le dharma est dans le sens de vos râga et dvesha, cela ne vous pose pas de problème. Votre action sera spontanée.

 

C’est comme cet homme à qui le médecin a dit de manger beaucoup de karela (gourde amère-margoze) car une analyse de sang a révélé un taux de sucre trop élevé. Cet homme adorait les karela mais ne pouvait en manger que rarement car sa femme n’aimant pas cela, elle évitait d’en cuisiner. Mais maintenant, après la prescription du médecin, il peut en manger tous les jours !

 

Par conséquent, quand ce que vous devez faire dans une certaine situation est conforme à ce que vous aimez faire, vous n’avez pas besoin de réfléchir longuement avant de prendre une décision. Mais quand ce que vous avez à faire est totalement différent de ce que vous aimez, alors vous devez réfléchir soigneusement à la situation. C’est là où le yoga entre en jeu. C’est une peu douloureux de devoir faire quelque chose contre son désir, mais il y a  aussi une certaine joie dans ce processus car vous êtes capable de vous conformer au dharma, et cette adhésion au dharma est une vie de maturité. Chacun de nous doit se développer intérieurement pour avoir cette maturité-là. Avec le temps, nous nous libérons de l’emprise des râga et dvesha et nos actions commencent à devenir plus spontanées. La conformité au dharma est la maturité émotionnelle.

Prière :

Avec grande révérence, je proclame la vérité :

Que tout ce qui existe, existe par Ta bénédiction !

Que Tu es le maître de cet univers,

De toutes les richesses qui sont dans les cieux et sur la terre !

Rig-Veda.4.5.11

21:42 Écrit par Dharma Today | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.