18/03/2006

Ayodhya partie 3

Avez-vous jamais été à Ayodhya ? Plus encore que Bénarès, c'est une ville totalement hindoue, avec des dizaines de petits temples disséminés un peu partout, des rues étroites et des milliers de maisons typiquement hindoues, dont les colonnes en teck encadrent de petites cours centrales. En bas, on trouve une rivière sacrée avec ses ghats, ses escaliers qui descendent dans l'eau ; et puis, tout en haut de la colline, il y avait, avant Octobre 1992, ces deux dômes laids, incongrus, cette mosquée abandonnée. Ayodhya, comme Bénarès, fut depuis 5 000 ans une des villes les plus vénérées des hindous. La première est le refuge de Shiva, le dieu de la création et de la destruction du panthéon hindou ; la deuxième, celle de Ram, un des dieux les plus chéris de l'Hindouisme.

Ram, c'est le héros du Ramanaya, qui incarne les parfaites vertus de l'hindouisme : courage, abnégation, droiture, spiritualité la plus haute, humilité… Avec sa compagne Sita qui, elle aussi, est vénérée par des millions d'hindoues pour avoir fidèlement suivi son mari en exil dans la jungle, il est entré dans la légende des grandes Indes. Et des millions de sadhous, de sages ou de simples gens répètent inlassablement son nom à longueur de journée. Quand Gandhi mourut assassiné, ce fut d'ailleurs sa dernière parole : « Hé Ram ! ». Lorsque les musulmans arrivèrent entre le 7ème et le 18ème siècle, ils rasèrent bien sûr des milliers et des milliers de temples et Ayodhya fut l'un d'entre eux. D'une certaine manière, ces exactions servirent l'hindouisme, qui fut obligé de constamment se renouveler : imperturbablement les fidèles reconstruisirent d'autres temples un peu plus loin, y réinstallèrent leurs dieux ; et on continua de prier. C'est ainsi qu'en Inde, il est très rare de voir des temples qui ont plus de deux siècles. Mais certains sanctuaires ne furent jamais oubliés par les hindous ; ils avaient été vénérés par trop de générations pour que la mémoire collective puisse facilement les oublier. Et au cours des âges, ils se donnèrent le mot silencieusement : « N'oubliez pas Ayodhya. » David Frawley écrit d'ailleurs que « durant les attaques islamiques sur l'Inde, qui ne furent pas provoquées par des agressions hindoues sur des terres islamiques, et qui durèrent plus de mille ans, des dizaines de milliers de temples hindous furent détruits, en fait la plupart de ceux qui existaient sur le sous-continent.

Les grands temples, dont parlent les voyageurs chinois du 7ème siècle, qui étaient non seulement hindous, mais aussi bouddhistes et aussi jaïns, ont disparu aujourd'hui ». Ainsi cette mosquée, seule au beau milieu de cette petite ville hindoue, était non seulement une aberration, mais elle incarnait le symbole de la mauvaise volonté musulmane. Car les hindous continuèrent à affluer à Ayodhya, où ils vénéraient toujours Ram, transposé juste à côté de la mosquée ; et les musulmans qui résident à Faizabad, la ville jumelle qui jouxte Ayodhya, y ont là leur propre lieu de prière. Pendant trois siècles, les hindous implorèrent les musulmans de leur rendre cette mosquée, afin qu'ils puissent y reconstruire leur temple chéri ; mais peine perdue.

Enfin, quand la droite hindoue commença à émerger, avec le Bharatiya Janata Party et le Vishwa Hindu Parishad, on essaya toutes sortes de compromis. Mais les musulmans indiens restèrent inflexibles, la mosquée resterait là où elle était, car après tout, n'était-elle pas le symbole de la suprématie moghole ? Et finalement, de guerre lasse, un jour de novembre 92, une poignée d'hindous grimpèrent sur ces dômes qui leur résistaient depuis si longtemps : quelques coups de pioche et en un rien de temps, devant toutes les caméras du monde, le symbole de l'intransigeance musulmane, qui représentait pour les hindous 13 siècles de pillages, de tueries, de sacrilèges, de conversions forcées, n'était plus.

Extrait de http://www.jaia-bharati.org/index.htm - François Gautier

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