16/03/2006

Ces attentats à répétition qui annoncent le pire

Comme les précédents, les attentats de Bénarès, visaient à enflammer lesrelations entre les communautés. Les tensions s'accentuent et le risqued'autres attaques demeure.Les attaques meurtrières qui se sont produites le 7 mars dans la ville sainte de Bénarès (Varanasi en hindi) obéissent à une stratégie que les groupes terroristes[islamistes] suivent depuis un certain temps. Leur but : attiser les tensions sociales en polarisant les différentes communautés. Des bombes artisanales pouvant être facilement assemblées sans être détectées par lesforces de sécurité sont posées dans des lieux particulièrement animés, le plus souvent des sites religieux, afin de faire le maximum de dégâts et deprovoquer un impact symbolique fort en s'attaquant aux croyances de la population.

 

Ces attentats ont fait au moins 20 morts et 60 blessés. L' explosion la plus meurtrière visait l'un des temples les plus anciens,Sankat Mochan, consacré à Hanuman, une importante divinité des hindous. Elle a eu lieu à 18 h 30, heure à laquelle le temple grouille de monde. Un mariage y était célébré. Deux autres bombes ont explosé presque simultanément dans une gare. Craignant une flambée de violences intercommunautaires, le pays est en état d'alerte maximal. Des forces paramilitaires ont été déployées sur tous les grands sites religieux dupays, tandis que le Premier ministre, Manmohan Singh, appelait au calme.L'attentat de Bénarès reproduit les précédents. Une série d'explosions dumême type avait fait 62 morts et plus de 250 blessés, dont une bonne trentaine dans un état grave, en octobre dans la capitale de l'Inde, New Delhi.

 

Ces attentats se sont produits en pleine saison des festivals. En décembre, une fusillade au prestigieux Indian Institute of Science de Bangalore (considéré comme le fleuron de la Silicon Valley de l'Inde) tuait un professeur très connu de Delhi et faisait plusieurs blessés parmi les enseignants. Cet attentat visait la puissance technologique et la réussite économique du pays.

 

En juillet dernier, un attentat suicide contre l'un desgrands lieux saints des hindous, à Ayodhya, dans l'Uttar Pradesh, était déjoué par les forces de sécurité. Les poseurs de bombes ont été arrêtésavant qu'ils n'entrent dans le périmètre de sécurité qui entoure le sanctuaire de Ram Janambhoomi [lieu de naissance de Rama, l'un des dieux les plus vénérés des hindous].

S'ils avaient pu détruire le site, desaffrontements entre communautés auraient pu éclater dans tout le pays. Le temple de fortune consacré à Rama s'élève à l'endroit même où se dressait la mosquée Babri, détruite par des extrémistes hindous en décembre 1992.Uncertain nombre d'attaques en Inde ont été orchestrées par deux mouvementsislamistes, le Lashkar-e-Taiba et le Jaish-e-Mohammad.

 

On se souvientnotamment des attentats perpétrés contre le Parlement indien (13 décembre2001), le temple d'Akshardham au Gujarat (septembre 2002, 40 morts), l'assemblée du Jammu-et-Cachemire (1er octobre 2001, 50 morts) et le temple deRaghunath (novembre 2002, 12 morts, 45 blessés) dans le même Etat. Le modus operandi des groupes terroristes n'a guère varié d'un attentat à l'autre, ycompris à Ayodhya. Les explosions de Bénarès surviennent à un moment où le mécontentement gronde parmi hindous et musulmans, créant une situation explosive.

 

Les hindous reprochent au gouvernement ce qu'ils perçoivent commeune politique d'apaisement envers les musulmans, qui sont près de 150millions. Or, alors que l'on attendait des manifestations de militants degauche, au grand étonnement de New Delhi, ce sont les musulmans qui ont organisé des rassemblements anti-Bush. C'est peut-être la première fois quedes sentiments panislamiques s'expriment avec une telle force en Inde, pays qui abrite la plus grande communauté musulmane du monde après l'Indonésie.Les musulmans sont descendus dans la rue en si grand nombre pour protester contre la politique américaine en Iran, en Irak et en Afghanistan que Manmohan Singh a pris la précaution de rencontrer des représentants de la communauté musulmane pour leur assurer que l'accord sur le nucléaire [mesureexceptionnelle permettant à l'Inde d'avoir accès à la technologie nucléaire américaine, alors qu'elle n'a pas signé le Traité de non-prolifération] nesignifiait pas pour autant un alignement de New Delhi sur Washington,notamment en ce qui concerne l'invasion de l'Irak.

 

Al-Qaida ne fait pas recette chez les Musulmans indiens.Ironie du sort, depuis environ deux ans, Bush s'est félicité à maintes reprises du fait que les musulmans indiens ne semblent pas être attirés par Al-Qaida alors que, dans le reste du monde, les jeunes musulmans se laissent souvent piéger par les islamistes. Comme le président américain l'a dit à différentes occasions, cela tient au fait que l'Inde est une démocratie et, par conséquent, que sa population musulmane peut voter pour les leaders de son choix et bénéficier de faveurs politiques.

 

Un tel régime n'existe dans aucune des pépinières du terrorisme islamique, que ce soit le Pakistan, l'Afghanistan ou l'Irak sous Saddam Hussein. Les attentats de Bénarès, de New Delhi et d'Ayodha ont notamment eu pour conséquence d'amener le BJP [Partidu peuple indien, national-hindouiste] et ses alliés du Vishwa Hindu Parishad [VHP, Conseil mondial hindou, branche religieuse] et du Rashtriya Swayamsewak Sangh [RSS, Association des volontaires nationaux, organisation du mouvement nationaliste hindou] à faire cause commune pour, une fois encore, ranimer la flamme de l'hindouité. L. K. Advani, le leader du BJP, a déclaré à la télévision qu'il tenait le Pakistan pour responsable de la tragédie de Bénarès.

 

Par ailleurs, le fait que Bush [lors de sa visite des 4 et 5 mars au Pakistan] ne soit pas d'accord avec son homologue pakistanais, Pervez Musharraf, sur la question du Cachemire, qu'il refuse de signer un accord nucléaire avec Islamabad et qu'il sermonne le général-président sur les vertus de la démocratie rend la situation plus propice que jamais au déferlement des groupes terroristes, dont certains cadres sont formés au Pakistan.

 

Siddarth Srivastava Asia Times Online.

 

Les groupes terroristes islamistes recrutent leurs hommes de main parmis les musulmans indiens. Comme l'a montré un assassinat à Bangalore fin décembre, les attentats ne frappent plus seulement le nord de l'Inde ou le Cachemire.Le pays tout entier vit à présent sous cette menace.

 

Photographie : Attentat du 7 mars à Varanasi

Source texte : Forum Jaia Bharati

16:41 Écrit par Dharma Today | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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