07/03/2006

Compte-rendu des enseignements

Comme l’année précédente, Sripada Damodara Maharaja a séjourné trois jours chez Ananta et Rasesvari afin de donner à tous les dévots présents quelque inspiration dans leur pratique spirituelle. Sri Murti traduisait en alternance chaque phrase de Maharaja. La compagnie d’un sadhu est si rare en ce monde que même un instant à écouter son hari-katha peut conférer toute bonne fortune. Voici un aperçu de ces enseignements.


Sri Caitanya toujours présent

 

Dès le 1er soir, Maharaja commença à nous remémorer un extrait du Sri Caitanya-bhagavata de Srila Vrindavana Dasa Thakura narrant les lilas inconcevables du Seigneur Caitanya et Ses compagnons éternels. Sri Krishna est toujours présent dans quatre objets spécifiques, sans qu’il ne soit question d’aucune «installation» préalable (comme c’est le cas pour la murti), à savoir: la plante Tulasi, la colline Govardhana, le Srimad-bhagavatam et la rivière Yamuna. De même, Sri Caitanya Se manifeste automatiquement dans quatre endroits: là où Se trouve Sri Nityananda, dans l’absorption du mental sur Sa personne, là où cuisine Raghava Pandita et lors des kirtanas dans la maison de Srivasa Pandita.

 

Au cours du festival du Ratha-yatra, à Puri, le Seigneur Caitanya manifesta Ses pouvoirs mystiques en apparaissant simultanément dans sept groupes de kirtanyas. Une foule de dévots dansait devant le char du Seigneur Jagannatha et divers groupes avaient été formés; Mahaprabhu Se manifesta dans chacun d’eux. Ses dévots pensaient réellement qu’Il n’était présent que dans leur propre groupe et leur accordait ainsi le privilège transcendantal de Sa miséricorde. Mais les dévots plus intimes et particulièrement bénis purent voir la puissance inconcevable du Seigneur se manifester dans plusieurs groupes. Cette faveur était accordée à ceux qui étaient absorbés dans Son pur service de dévotion. Le roi Prataparudra reçut cette grâce pour avoir balayé avec humilité la route devant le char de Jagannatha.

 

Le Seigneur Se nourrit de dévotion pure

 

Maharaja expliqua que le Seigneur Caitanya était si émerveillé devant l’amour inconditionnel de Sa mère qu’Il regretta d’avoir pris l’ordre du sannyasa, pensant l’avoir offensée et avoir été influencé dans Son choix par une sorte de folie. C’est ce qu’Il exprima à Srivasa Pandita. Voyant Sa mère cuisiner avec tant d’amour pour Lui et offrir la nourriture à la murti, Il venait chaque jour manger l’offrande. Mère Saci était si étonnée de voir les plats vides sur l’autel que bien qu’elle ressentait Sa présence, elle croyait ne pas avoir fait l’offrande correctement à Salagrama Visnu. Elle retournait à la cuisine remplir les plats et constatait que les pots étaient pleins, comme si elle n’avait pas fait l’offrande. Mère Saci croyait rêver, mais le Seigneur confirma à Srivasa Pandita qu’Il allait en personne manger ses préparations. Cet événement se reproduisit à maintes reprises.

            Un jour, le Seigneur fut invité à prendre prasadam chez Sarvabhauma Bhattacarya, le plus grand érudit de Jagannatha Puri. Il l’avait converti à Son service de dévotion en lui démontrant que la véritable connaissance n’est pas de comprendre Dieu dans Sa dimension uniquement impersonnelle. Il s’était même montré à lui dans Sa forme de Sad-buja (à six bras), en tant que Ramacandra, Sri Krishna et Caitanya Mahaprabhu.

Maharaja cita ces lilas que nous pouvons retrouver en détail dans le Sri Caitanya-caritamrita (Madhya-lila chap. 15).

 

La compassion de Sri Guru et Gauranga

 

Maharaja expliqua, sur la base des Ecritures, combien Sri Caitanya et Sri Nityananda sont un réservoir de compassion illimitée et que Leur représentation sous la forme de la murti peut conférer toute miséricorde, même à des mangeurs de chien.

 

Leur adoration ne doit jamais être considérée comme supérieure ou de moindre importance vis-à-vis de l’adoration de Radha-Krishna. Bien au contraire, les deux sont d’égale valeur. Mais il faut bien se rappeler que sans la miséricorde de Sri Guru et Gauranga (Sri Nitai-Gaura), on ne pourra obtenir celle de Radha-Krishna. Maharaja précisa encore que le sadhaka, celui qui suit la sadhana, peut éventuellement négliger sa pratique spirituelle du chant des saints noms sur le chapelet (japa) ou toute autre sorte de service, mais jamais il ne doit négliger le service rendu à son gurudeva s’il veut faire quelque progrès dans sa vie spirituelle.

 

Ekadasi, le jour du Seigneur Hari

 

Il rappela aussi l’importance de respecter le jour d’Ekadasi, qui ne doit pas être pris à la légère. Ce jeûne bimensuel (Ekadasi signifie 11ème jour de la lune croissante et de la lune décroissante) a le pouvoir de conférer la bhakti en libérant des obstacles liés au karma. C’est pourquoi les vaisnavas considèrent Ekadasi comme «le jour du Seigneur Hari». «Rattraper» Ekadasi en jeûnant le lendemain, si l’on n’a pas pu le suivre, n’a absolument pas la même valeur car Dvadasi, le 12ème jour, n’est plus Ekadasi. Mais s’il arrive malencontreusement de manquer Ekadasi, on peut prier de faire le suivant en jeûnant totalement, y compris d’eau (nirjala), ce qui sera très bénéfique. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’est pas nécessaire de jeûner au moins de graines le lendemain d’Ekadasi afin de «rattraper» l’erreur commise, comme cela avait été prescrit par le passé, mais il faut bien comprendre que cela n’a pas la même valeur.


Le cadeau le plus précieux, radha-prema

 

Maharaja parla chaque jour des divertissements du Seigneur Caitanya. Mahaprabhu a donné librement prema. La personne la plus miséricordieuse est celle qui donne ce qui existe de plus élevé. Il s’agit de radha-prema. Ce cadeau le plus précieux, Il l’a donné aux plus déchus (ce qui Lui vaut ici le nom de Prema Purusottama). Lui seul peut donner cela, ou bien ceux qui Lui sont proches.

 

Mahaprabhu a parcouru l’Inde pendant six ans pour répandre Sa miséricorde. Rien qu’en L’apercevant au loin, les habitants avaient les larmes aux yeux. Ils obtenaient krsna-prema. Où a-t-on vu pareille miséricorde?

 

Sankaracarya sert Visnu


Maharaja insista plusieurs fois sur le message de Sri Caitanya désirant annihiler l’impersonnalisme, la philosophie mayavada. Il cita la mission de Sri Sankaracarya (Siva) qui avait reçu l’ordre de Sri Visnu de prêcher cette philosophie afin de tromper les pseudo-spiritualistes opposés à servir le Seigneur: «Tu devrais venir dans le Kali-yuga et écrire un commentaire imaginaire du Vedanta.» Siva répondit: «Vyasadeva a fait une erreur en écrivant son commentaire.» Il a créé sa propre thèse. Les mayavadis sont très fiers de ce Sankaracarya.

 

L’exemple de Sri Caitanya rencontrant le chef de file des mayavadis à Varanasi illustre l’un des points fondamentaux de l’enseignement de Mahaprabhu. En effet, Prakasananda Sarasvati, voyant Sri Gauranga assis là où tout le monde lavait ses pieds, Lui demanda d’approcher. Comment un être aussi lumineux, un sannyasi, pouvait-Il rester dans un endroit aussi impur? Caitanya manifesta ainsi Son humilité transcendantale. Prakasananda Sarasvati s’étonna alors de Le voir chanter Hare Krishna comme ces êtres sentimentaux et émotionnels, Lui qui était «Narayana» (comme tous les mayavadis se nommaient entre eux). Il devrait plutôt étudier le Vedanta.

 

Maharaja expliqua que le Vedanta était faussement interprété par les mayavadis, car Krishna en est à l’origine et l’a Lui-même composé. Comme Il l’enseigne dans la Bhagavad-gita: «Le but des Vedas est de Me connaître, c’est Moi qui ai composé les Vedas.» Qui mieux que Sri Caitanya peut expliquer le Vedanta (commentaire des Vedas)? Il avait d’ailleurs converti le plus grand érudit mayavadi de Puri, Sarvabhauma Bhattacarya, en lui démontrant que les rayons du soleil ne sont rien sans le soleil lui-même. Il répondit à Prakasananda Sarasvati que Son guru Lui avait dit: «Tu es un peu simple d’esprit. Chante simplement le nom de Krishna, car il représente l’essence de tous les mantras

 

Le maha-mantra confère krsna-prema

 

Puis Caitanya ajouta qu’après avoir expérimenté ce mantra quelques temps, Il retourna voir son guru et Lui dit: «Lorsque Je chante ce mantra, ma patience perd ses limites, Je me mets à danser, à pleurer comme un être qui a perdu la raison…»

 

Son guru fut très satisfait des paroles de son disciple, car le résultat du chant doit être krsna-prema. L’un des symptômes de celui qui a krsna-prema est de courir ici et là en chantant harinama et en pleurant. Isvara Puri, Son guru, cita un verset des Ecritures qui recense les caractéristiques de celui qui a reçu cette grâce: «Il rit, pleure, chante sans se soucier de l’opinion publique. Les autres pensent qu’il est un peu fou.»

La perfection n'est pas si bon marché

 

Puis Maharaja expliqua que siddha-pranali, la perfection par la réalisation de notre forme transcendantale, et notre service éternel dans le monde spirituel sont obtenus par le chant des saints noms en toute humilité, guidé par le maître spirituel. La bhakti-lata-bhija, la graine du service de dévotion, est en réalité déjà présente dans le cœur du jiva, l’être vivant. Elle se développe par la grâce du maître spirituel. Il n’est pas si facile de savoir quelle est notre svarupa, notre forme spirituelle, notre service, notre nom, etc., comme veulent bien le faire croire certains babajis. Des dévots ont perdu la foi en écoutant plusieurs babajis leur révéler leur svarupa de différentes manières.

 

L’humour a souvent été de la partie lors de ce court séjour de Sripada Damodara Maharaja, ce qui rendait la philosophie très attrayante et captivante. Cet incident de la tromperie de certains babajis a donné l’occasion de faire une comparaison facile à se remémorer: celle d’une pomme de terre qui, sans assaisonnement, est fade. Si on ajoute un masala, ou la cuisine d’une autre manière, elle deviendra savoureuse. De même, ces babajis considèrent l’être vivant comme n’ayant aucune substance et lui administrent une forme et des attributs particuliers, selon leur humeur. Mais siddha-pranali n’est pas une loterie que le guru tire au hasard: «Tu es un Rama-bhakta (un serviteur éternel de Sri Ramacandra)!» ou alors, s’il n’aime pas trop son disciple, il lui dira: «Toi, tu es un serviteur de Kalki!» (Kalki est l’avatar supposé apparaître à la fin du Kali-yuga pour anéantir les êtres démoniaques, lorsque les humains seront dégradés à l’extrême.)

 

Jaiva Dharma, notre référence

 

Maharaja cita le Jaiva Dharma de Srila Bhaktivinoda Thakura, où Vijaya et Vrajanatha reçurent de leur guru leur siddha-deha. Mais ils étaient déjà des habitants de Navadvipa. Ils avaient déjà beaucoup écouté leur guru et avaient même eu le darsana (la vision) de la svarupa de Navadvipa-dhama, c’est-à-dire qu’ils avaient déjà vu le Seigneur Caitanya danser avec Ses compagnons. Après avoir reçu diksa et accompli leur sadhana pendant un certain temps, leur guru leur demanda quel service de Krishna les attirait plus particulièrement. Vrajanatha répondit: «J’aimerais servir Krishna comme Sudama, aller garder les vaches avec Lui…» Vijaya, par contre, dit: «J’aimerais servir sous la tutelle de Lalita-devi…» Tel est le résultat du chant de harinama en étant guidé par le maître spirituel. Le bhava particulier (l’émotion spirituelle du sadhaka) s’éveille peu à peu.

 

Le 5ème but de l'existence est le seul authentique

 

Le guru de Sri Caitanya Lui dit: «Mon fils, Tu as atteint le 5ème but de l’existence (krsna-prema).» Les quatre autres ne sont pas reconnus par le Srimad-bhagavatam: dharma (le devoir ou la religion), artha (la réussite matérielle qui en découle), kama (les plaisirs matériels) et moksa (la libération qui vient automatiquement après la frustration engendrée par kama). Ces quatre pseudo-richesses sont considérées comme un fétu de paille. Si le 5ème but, krsna-prema, est comparé à un océan sans limite, ces quatre étapes ne sont pas même de la taille d’une goutte de cet océan. Krsna-prema est extraordinaire. Notre prayojana, le but de notre bhakti, est d’entrer dans les divertissements de Krishna. Le Vedanta-sutra n’est en rien mayavada.

 

Prêcher avec affection est la clef

 

Ces sannyasis étaient très charmés par la manière de prêcher de Mahaprabhu. Car Il était empli d’affection. Maharaja expliqua combien, lorsqu’on essaie de prêcher, il s’agit avant tout de développer une relation de confiance et de douceur, et les personnes ainsi charmées seront plus à même de comprendre le message. Sinon, comme il disait avec beaucoup d’humour, c’est comme si un chirurgien déclarait: «L’opération a parfaitement réussi, mais le patient est mort.»

 

Sanatana Gosvami est plus puissant que Siva

 

Les mayavadis proclament que Dieu n’a pas d’énergie. Ils voient tout d’un œil égal. Gurudeva alla un jour voir des mayavadis et leur dit que Sanatana Gosvami était plus puissant que Siva. Ceux-ci furent réellement choqués. Les vaisnavas ont un immense respect pour Siva, qu’ils savent être le plus grand dévot du Seigneur. Comment pourraient-ils dénigrer sa suprématie? Il faut considérer le point de vue spirituel absolu pour comprendre une telle affirmation. Maharaja précisa que si l’on voit parfois deux sadhus se disputer, il est préférable de ne pas intervenir dans leur débat philosophique, tout comme des Indiens n’iront jamais essayer de calmer deux taureaux qui se battent… sous peine d’y laisser la vie. Les sadhus peuvent avoir des opinions philosophiques divergentes, mais les disciples n’ont pas intérêt à porter de jugement ou tenter d’intervenir, car ils mettraient en danger leur vie spirituelle.

L’affirmation que Srila Sanatana Gosvami est supérieur au Seigneur Siva repose sur la compréhension de leurs rôles respectifs dans les divertissements de Krishna. D’après les Ecritures, Siva est une manifestation partielle d’une partie de Krishna, alors que Sanatana Gosvami, compagnon éternel de Mahaprabhu, n’est autre que Labanga Manjari dans les divertissements de Radha-Krishna. Il est donc l’une des manjaris, servantes les plus intimes de Srimati Radhika, qui est de ce fait plus puissante que Krishna Lui-même. Les manjaris peuvent contrôler Krishna par la force de leur amour.

 

Les couleurs transcendantales de Krishna et Caitanya

 

Maharaja raconte: Radha est à Maan Sarovara et Krishna à Imlitala. Ils sont en séparation l’un de l’autre: Krishna n’est pas satisfait sans Radha, malgré la compagnie des autres gopis. C’est la preuve que Radha est la plus élevée.

 

Radha est le pilier central de la danse rasa. Quand Elle est partie, la danse s’est arrêtée. Les gopis en séparation imitaient Ses divertissements. Elles jouaient le rôle de Krishna soulevant la colline Govardhana, tuant Putana ou jouant de la flûte… Krishna pensait tant à Radha qu’Il prit la couleur de Son teint. C’est aussi à Imlitala que Mahaprabhu, en séparation de Krishna, revêtit Sa couleur bleutée. La vérité est parfois manifestée comme Radha-Krishna et d’autres fois comme Gauranga. C’est pourquoi nous adorons les deux.

 

Krishna n’a aucune qualité matérielle, nirguna, c’est pourquoi les mayavadis pensent qu’Il n’est pas Dieu. C’est ce qui correspond à Sa couleur noire. Gauranga a toutes les qualités spirituelles, Il en est la somme totale, c’est pourquoi Il est de couleur dorée. Tout comme si l’on regarde dans un prisme, on verra toutes les couleurs réunies, et beaucoup de lumière en émanera. Sri Caitanya est si lumineux qu’il est même impossible de comparer Sa radiance à l’éclat du soleil.

 

                                                         Source : Krsna Bhakti dasi

22:03 Écrit par Dharma Today | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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