03/02/2006

Satsang du 4 février 2006

Maturité émotionnelle

(suite)

Swami Dayananda Sarasvati

 

L’échec n'existe pas

 

Tout le monde est alpajna, limité au point de vue de ses connaissances et alpashaktimân, limité pour ce qui est du pouvoir et des compétences, et pour cette raison, tout le monde est destiné à connaître des échecs. Vous ne pouvez même pas être sûr de pouvoir traverser la rue et atteindre le côté opposé en toute sécurité. En traversant vous pouvez être renversé par un camion ou heurter un rickshaw (moyen de transport très utilisé en Inde)! Nous pensons que les accidents n'arrivent toujours qu'aux autres, mais ils peuvent nous arriver aussi. Cette incertitude, née des limitations de notre savoir et de notre pouvoir, s'applique dans notre vie à tous nos projets, toutes nos entreprises. Il est tout à fait possible que vous ne puissiez pas obtenir ce que vous voulez dans un projet donné, parce que votre savoir est limité et vos compétences aussi.

 

Toute projection que vous faites sur l'avenir se fonde sur vos connaissances présentes ; aussi réaliste ou pragmatique que vous puissiez être dans votre prévision, vous ne pourrez jamais être sûr que cela se réalisera, car de nombreux événements imprévus pourront survenir. Une projection sur l'avenir n'est qu'une espérance, une attente, rien de plus, et vous pouvez lui ajouter une prière pour que cela devienne un espoir exprimé sous la forme d'une prière. Il n'y a rien dont on puisse être sûr, rien dont on puisse s'enorgueillir. Même pendant que je parle, quelle est la garantie que je vais pouvoir terminer cette série de conférences ? Tout peut arriver, à tout le monde à tout moment, et par conséquent il vaut mieux que nous comprenions qu'aucune projection n'est réellement valide ; c'est uniquement une espérance qui se base sur certaines données disponibles au moment de la prévision, et ces données ne peuvent jamais être exhaustives. Seul quelqu'un d'omniscient pourrait réellement savoir ce qui va se produire précisément. C'est pourquoi ce que l'avenir nous réserve reste toujours du domaine de la conjecture, de l'espérance.

 

Aussi, tout le monde est naturellement voué à connaître des échecs. Mais dans le même temps, regardez vous, vous avez aussi une certaine réussite. Il semble que vous disposiez de la bénédiction, de la faveur des dieux puisque vous avez été capable d'ouvrir la bouche quand vous le vouliez. Nous avons mangé toutes sortes de choses et pourtant avons survécu, ce qui montre que Dieu est véritablement avec nous. Toutes ces années, j'ai pu marcher, parler, manger, digérer. Etant donné ce que sont les conditions d'hygiène en Inde, c'est tout à fait surprenant que nous soyons encore en vie ! Chaque jour est une grâce, un don de Dieu. Je devrais applaudir en me levant le matin, un jour supplémentaire ! Chaque jour est un jour béni parce qu'il n'y a aucune raison que je me réveille le matin. Ce battement des mains est un signe de maturité. Je vis au jour le jour et je suis pleinement conscient par ce geste de ce petit quelque chose qui fait la différence entre la réussite et l'échec. Je réalise que les choses me sont tout le temps favorables. Personne ne peut être considéré comme un raté, un perdant. Quand vous expirez, quelle garantie avez-vous que vous allez pouvoir respirer à nouveau ? Le coeur bat : tic, toc, tic, toc ... II y a un intervalle entre le tic et le toc, et toute la grâce de Dieu s'écoule sans discontinuer à travers cet intervalle. Je vois la grâce partout. C'est ici que nous nous séparons du champ de la psychologie. Je reconnais qu'avec toutes les limitations de mes connaissances et de mes moyens, cette grâce m'a favorisé et donné de la réussite, et j'admets qu'il y a un facteur qui fait la différence entre le succès et l'échec. Je suis un homme ou une femme mature quand je reconnais cela. L'individu qui a découvert et accepté ce facteur est un être religieux et celui ou celle pour qui cela est devenu une réalité, est un être éclairé, au niveau spirituel. Tous les deux sont des êtres matures et il y a des étapes dans la maturité. Mais il n'y a rien au-delà de la maturité.

 

Dès que notre mariage ne marche pas ou quand nos affaires ne sont plus prospères, nous nous considérons comme des perdants. Je dirais que c'est là une conclusion immature. Si vous vous regardez, vous êtes un individu qui a réussi à tous les niveaux. Vous ouvrez les yeux et vous pouvez voir. Et bien, pourquoi faut-il que cela arrive ? Un décollement de la rétine peut aussi arriver à tout moment. Vous êtes capable de lever le bras quand vous le souhaitez. II n'y a aucune obligation, aucune nécessité que cela se passe ainsi. Il pourrait se produire une thrombose. Ce n'est pas de la logique émotionnelle. Je veux que vous voyiez qu'il y a quelque chose qui gouverne votre vie. Il y a une certaine force, comme une structure, un ordre qui vous maintient en vie. Un croyant appellerait cela la grâce. Vous pouvez dire qu'il s'agit de karmaphala, le résultat de ce que vous avez fait dans le passé, et que vous l'avez mérité. Mais nous ne savons pas quelle est précisément l'action qui a produit ce résultat particulier. Quand nous ne pouvons relier un résultat à une action précise, nous disons que c'est la grâce. Par exemple, quand nous ne connaissons pas la cause de la survenue d'un incident, nous disons que c'est un accident. Quand les causes sont connues, l'accident devient un simple incident. De la même manière, la grâce est sur moi, j'ai certainement travaillé dur pour cela, que ce soit maintenant ou dans le passé, mais je ne peux pas dire précisément de quelle manière, c'est pourquoi nous disons que c'est la grâce. C'est là une façon remplie de grâce d'accepter un karmaphala, parce que nous ne savons pas quelle est l'action qui est à l'origine de ce résultat particulier.

 

Cette découverte, cette compréhension, que vous êtes un perpétuel gagnant malgré le fait que vous auriez dû être un perdant si on tenait compte des limitations de votre savoir et de votre pouvoir, est très importante. Cela entraîne une certaine attitude vis à vis des situations qui sont plaisantes et déplaisantes. Dans votre maturité, vous êtes aussi capables d'accepter ce qui est déplaisant.

 

La capacité de digérer, de s'adapter à, d'accepter un fait tel qu'il est n'est possible que s'il y a cette prise de conscience. Une situation déplaisante a la même légitimité qu'une situation plaisante.

 

Selon le Seigneur Krishna , l'échec n'existe pas du tout. Chaque action produit un résultat et pour cette raison, karmaphala, le résultat de l'action est appelé rtam , ce qui doit nécessairement arriver. Vous l'avez commandé et donc vous l'obtenez. II n'y a aucun moyen d'éviter phala, le résultat, une fois l'action accomplie. Vous pouvez accomplir une autre action et neutraliser de cette façon le résultat d'une action passée. Cela s'appelle prâyashcitta, l'expiation. La réaction est inhérente, contenue à l'intérieur même de l'action. On peut faire quelque chose d'autre pour changer une situation, mais seule l'action produit un résultat, et pas l'inaction.

 

On peu parler d’échec lorsque le succès dépend de vous seul, c’est à dire lorsque vous avez un contrôle sur toutes vos actions et tous les événements. Comme ce n'est pas le cas, l'échec n'existe donc pas. Personne n'est un raté ou un perdant. Tout le monde apprend. Nous apprenons de nos expériences, et il n'y a donc pas de regret possible. Notre culture est une culture d'expérience, d'apprentissage, et non une culture de regrets. Nous apprenons sans cesse de nos expériences. Quand nous découvrons que nous avons fait quelque chose d'inapproprié, d'injuste, nous accomplissons un prâyashcitta karma afin de le neutraliser. C'est une démarche positive. Nous n'avons pas de confession, etc... Si j'ai fait quelque chose de mal à quelqu'un, je fais à cette personne quelque chose de bien. Cela porte le nom de pratipaksha. Il y a ainsi un processus d'apprentissage constant de la vie, et c'est là une manière mature de nous comporter envers le succès et l'échec. Il y a alors nityam samacittatvam égalité du mental vis à vis du résultat de l'action, car tout résultat est un prasâda de Dieu.

22:09 Écrit par Dharma Today | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.