29/01/2006

Vraja Mandala Parikrama 2005

 

Voici un compte-rendu partiel du parikrama de Vraja Mandala. En décrire tous les détails est chose impossible et chaque pèlerin aurait sans doute son propre compte-rendu. Il se peut que des points abordés lors des précédents exposés se répètent ici. Nous nous excusons aussi de ne pas y décrire certains autres aspects ou lieux, non moins importants cependant, mais ils auraient considérablement rallongé le texte. Ce compte-rendu se veut un aperçu pour ceux qui auraient aimé suivre le parikrama ou qui sont simplement curieux. Il permettra peut-être aussi à ceux qui ont suivi le parikrama de se remémorer des moments forts. Et puis nous espérons surtout qu’il suscitera le désir de suivre le prochain en compagnie de Srila Narayana Maharaja.

 

Les bénédictions de Durvasa Muni

 

Avant que le parikrama commence, Srila Narayana Maharaja invita les dévots à Durvasa Asrama, un temple récemment construit non loin de la ville tumultueuse qu’est Mathura, où Srila Maharaja réside, dans la Kesavaji Gaudiya Matha. Le temple se dresse majestueusement de l’autre côté de la rivière Yamuna, dans un hameau verdoyant et tranquille, rappelant la douceur de la Vrindavana originelle.

Srila Maharaja y expliqua qu’il venait souvent ici et qu’il y a quelques années, il n’y avait qu’un petit temple très ancien avec une murti de Durvasa et de petites murtis de Radha-Krishna. Il avait désiré que ce temple devienne célèbre et les villageois lui demandèrent de le rendre tel qu’il est aujourd’hui, splendide et visible de très loin avec ses dômes blancs s’élevant haut dans le ciel. Durvasa Muni est une manifestation du Seigneur Siva, serviteur exemplaire et pur dévot de Krishna. Pour satisfaire Son seigneur et maître, il accepta de jouer le rôle d’un sage pouvant manifester de la colère. Ce fut le cas dans plusieurs de ses divertissements, dont un en relation avec Ambarisa Maharaja, alors empereur du monde, qui demeurait à Mathura. Celui-ci s’apprêtait à rompre son jeûne d’ekadasi lorsqu’arriva Durvasa Muni, qu’il invita aussitôt à partager son repas. Mais le sage exprima le désir de se rendre d’abord à la Yamuna. La période propice pour briser ekadasi touchait à sa fin et Ambarisa Maharaja se trouvait dans un dilemme, car s’il ne respectait pas ce moment sacré, il risquait de perdre le mérite accumulé de tous les jeûnes d’ekadasi qu’il avait suivis sans même boire (nirjala) tout au long de l’année. Il décida donc de briser ekadasi avec un peu d’eau, ce qui est possible pour qui a suivi un jeûne total sans eau. Sur ces entrefaites, Durvasa s’en revint et fut offensé que son hôte ne l’ait pas attendu. Il rentra dans une grande colère et, arrachant une mèche de ses cheveux nattés, la jeta au sol en prononçant une incantation. Un démon à l’apparence terrible apparut, prêt à occire Ambarisa Maharaja. Mais comme l’empereur était un pur dévot de Krishna, le sudarsana-cakra du Seigneur (arme en forme de disque pouvant tout détruire) apparut aussitôt pour le protéger et menaça le risi. Durvasa demanda de l’aide à Brahma, puis à Siva, qui lui suggéra de s’adresser à Visnu. Mais Sri Visnu lui enseigna qu’Il n’était pas indépendant de Ses dévots et de leur amour inconditionnel. Aussi lui conseilla-t-Il d’implorer le pardon d’Ambarisa Maharaja s’il voulait la vie sauve, ce que fit le sage. Ambarisa Maharaja, par humilité, s’excusa de l’avoir offensé. Cela montre l’attitude vaisnava à adopter. Bien qu’étant un sage, Durvasa manifesta de la colère, mais ce ne fut, comme cela peut parfois être le cas pour le maître spirituel, que dans le but de stimuler la bhakti du dévot et de le glorifier.                                      

C’est aussi par humilité que Durvasa accepta de jouer ce rôle de personnage coléreux. C’est aussi l’une des caractéristiques du Seigneur Siva qui peut détruire tout l’univers. Lorsqu’un risi montre de la colère envers quelqu’un, il faut comprendre que c’est par pure miséricorde.

 

Srila Gurudeva expliqua que les années précédentes les dévots ne se rendaient à Durvasa Asrama qu’à la fin du parikrama, quand cette année il préféra le faire avant, ceci afin de prier Durvasa Muni de protéger le parikrama. Malgré de nombreux obstacles, ce temple a finalement vu le jour de manière grandiose. Maharaja expliqua aux villageois que Durvasa Muni n’aime pas le laxisme et qu’il convenait donc de le servir très ponctuellement et avec soin pour s’attirer sa protection et ses faveurs. C’est ainsi que Srimati Radhika reçut de lui la bénédiction que tout ce qu’Elle cuisinerait serait plus savoureux que le nectar et que quiconque mangerait Ses préparations serait fort et glorieux.

Aujourd’hui, ce grand temple blanc contrastant à merveille sur le fond de ciel bleu azur, abrite, outre la murti de Durvasa, de grandes murtis de Sri Gauranga et Sri Sri Radha-Vinoda-bihariji. Mais sa particularité est qu’il est l’un des rares endroits où l’on puisse contempler une murti de Yamuna-devi, la personnification de la rivière Yamuna.

 

Srimati Radhika peut seule combler Sri Krishna

 

Les jours précédant le parikrama furent aussi une grande bénédiction pour tous les dévots arrivés en avance. S’ils acceptèrent l’austérité de se rendre chaque jour de Vrindavana à Mathura, c’était bien sûr pour aller écouter leur gurudeva. Il présentait son prochain livre, un commentaire de Prema Samput de Srila Visvanatha Cakravarti Thakura, qui révèle le secret de l’amour de Radha et Krishna. Ce prema, par nature indescriptible et qui ne peut être compris par une analyse intellectuelle, n’est discuté ouvertement que parce qu’il est l’objectif de notre vie, ce que nous cherchons à atteindre par notre sadhana. Suivre le parikrama signifie s’efforcer de satisfaire Sri Radha, et le vœu formulé le jour du sankalpa à la rivière Yamuna doit aller dans ce sens.

 

Premier jour du mois de Kartika

 

Si l’on souhaite connaître le succès dans ce mois de Kartika, il est nécessaire de commencer le festival par le mangalacaranam, la glorification de la filiation disciplique, la sri guru-parampara, et des acaryas vaisnavas, ses représentants. Mangala signifie «de bon augure». Chaque matin, les dévots du temple commencent les bhajanas par ce mangalacaram.

Sarad Purnima est le jour de la pleine lune d’automne. Ce matin-là, alors qu’elle se couchait sur la rivière Yamuna, sa couleur orange et sa beauté étaient particulièrement fascinantes. Le mois de Kartika, ou mois de Damodara, débute avec la rasa-lila, la danse de Krishna avec les gopis. De nombreux divertissements l’animent, tel le festival de Govardhana où Krishna demanda à Nanda Maharaja, Son père: «A quoi bon vénérer Indra (le roi des planètes édéniques)? Nous ferions mieux d’adorer Govardhana, qui produit tant de fruits, de fleurs, d’herbe pour nos vaches, et de rivières où l’eau pure coule en abondance.» C’est aussi pendant cette période que, de vamsi-vat, Krishna attira les gopis avec Sa flûte. Puis, voyant leur dévouement et leur dévotion exemplaires, Il leur dit: «Je ne pourrai jamais vous rembourser la dette que J’ai contractée envers vous pour votre service immaculé.»

Nous adorons tout spécialement les vaches dans ce mois si cher à Govinda, qui fut couronné roi des vaches à Govinda-kunda par tous les devas venus Le baigner (abhiseka). L’étang, Govinda-kunda, situé sur le chemin du parikrama de Govardhana, représente le caranamrita (l’eau ayant baigné Ses pieds pareils au lotus).

 

Eclipse lunaire

 

Le soir du premier jour de Kartika eut lieu une éclipse lunaire, ce que les Ecritures considèrent de mauvais augure. Mais ceux qui profitent de l’occasion pour chanter les saints noms à haute voix sont assurés de leur purification. Les sastras conseillent après les kirtanas, une fois l’éclipse passée, de se baigner dans l’océan ou dans une rivière. Quelle eau peut être plus pure que la Yamuna? Srila Maharaja demanda à tous ceux qui étaient en bonne santé d’aller s’y baigner une fois le programme terminé. Puis il raconta un divertissement de Krishna ayant eu lieu au moment d’une éclipse solaire:

 

Krishna Se trouvait à Kuruksetra. Tous les Dvarakavasis, de même que les Vrijbasis, abandonnèrent leurs activités pour aller Le rejoindre. Radha, Lalita, Visakha et toutes les sakhis vinrent en char à bœufs. Les Pandavas étaient présents, tout comme de nombreux sages. Lorsque Krishna et Balarama entendirent que Mère Yasoda était également là, Ils accoururent, sautèrent sur ses genoux et Se mirent à pleurer. Rohini était là. Yasoda pleurait elle aussi. Tous voulaient ramener Krishna à Vraja. Lorsque Yasoda partit, les gopis rencontrèrent Krishna, Lui que ne peuvent même voir les yogis dans leur méditation. Elles peuvent non seulement Le contempler, mais elles maudissent le créateur, Brahma, de leur avoir donné des paupières qui, en clignant, les empêchent de voir Krishna pendant une fraction de seconde. Krishna les instruisit sur jnana, la connaissance transcendantale, et leur expliqua qu’Il ne les quittait jamais. Mais elles Lui répondirent: «Nous ne sommes pas des yogis, notre cœur est Vrindavana, reviens à Vrindavana sur le char de notre mental.» Avec leurs yeux, elles capturent Krishna dans leur cœur pour Le ramener à Vraja. «Nous essayons de T’oublier, mais c’est chose impossible.»

 

Srila Maharaja conclut en disant que nous devrions méditer sur ce lila et rendre ainsi fructueux notre kartika-vrata.

 

Prema Samput

 

 Srila Maharaja parla de ce livre de Srila Visvanatha Cakaravarti Thakura avant le parikrama, à Mathura. Il en reparle ici au début du parikrama pour rappeler l’objectif de ce vrata: réaliser prema bhakti. Prema Samput est une conversation entre Radha et Krishna. Lorsque Radha manifeste mana, l’humeur de bouderie contrariée, c’est une autre expression de Son amour et une manière de Lui plaire. Krishna doit alors user d’une des Ses charmantes ruses pour essayer de briser le mana de Radhika. Il Se déguise afin de L’approcher facilement. Srila Maharaja raconte: «Venez avec moi à Vamsi-vat. Krishna est déguisé en jeune fille des planètes édéniques dans l’espoir de briser le mana de Srimati Radhika. Il Lui décrit indirectement Sa propre disqualification à L’aimer: ‘Quelque prema que Krishna ait pu montrer, ce n’était qu’une manifestation d’égoïsme.’ Radha répond: ‘Il est vrai que J’ai souvent pensé que Je devrais Le quitter, mais dès que J’ai Son darsana, J’oublie toutes Ses fautes. Je voudrais Le blâmer, mais Je n’y parviens pas. Je ne peux L’abandonner.’»

Le Caitanya-caritamrita stipule que prema ne trompe pas. Cette forme d’amour n’existe pas dans le monde matériel. Il est comme l’or pur, jamais il ne peut tolérer la séparation entre les amants. Prema doit être libre de toute duplicité. On ne peut le voir avec les yeux de ce monde.

 

La jeune fille dit: «Je ne souhaite pas seulement être Ton amie, Je désire aussi être Ta servante. Je suis devenue Ta sakhi (amie), mais Tu n’as pas confiance en moi. Je veux être Ta dasi, Ta servante, et que Tu me châties. Je te promets que Tu es le seul but de ma vie. Je ne pourrai jamais Te rembourser la dette que J’ai envers Toi. Tu es mon but suprême.»

 

Ce prema se nomme madanakya-mahabhava. Personne d’autre que Radhika ne peut satisfaire le désir de sringara-rasa (l’amour conjugal) de Krishna. Radha est madanakya-mahabhava-mayi, et Krishna est rasa-raja, celui qui Se réjouit des sentiments d’amour conjugal.

 

La nature de cet amour ne peut être décrite avec des paroles, elle peut seulement être expérimentée par le cœur. Elle ne se manifeste que dans les actes de la personne qui le possède et pas uniquement lorsque celle-ci dit: «Je t’aime». Radha en est l’exemple: «Krishna a commis tant d’offenses, mais Je ne peux faire autrement que de L’aimer, Je ne peux L’abandonner.»

 

Mail du forum Krishna-bhakti Dasi

11:50 Écrit par Dharma Today | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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