29/01/2006

Satsang du 28 janvier 2006

 

Maturité émotionnelle

(suite)

Swami Dayananda Sarasvati

 L’EGALITE DU MENTAL

Îsvara est le Karmphala dâta

 

Quand je tape des mains, cela produit un son. Je n'ai aucun choix quant à la production de ce son. Il ne faut pas que je m'attende à un résultat qui n'est pas inhérent ou contenu dans l'action. Autrement, mon attente ne sera pas satisfaite et je devrais tirer, dans ce cas, une leçon de ce résultat et être plus éclairé à l'avenir. Mais une fois que j'ai tapé des mains, je ne peux pas exiger que ce son ne soit pas produit. Je peux apprendre quelque chose de ce résultat et devenir plus avisé que je ne l'étais auparavant. Une action produit un résultat qui est inhérent à l'action et donc, j'ai le choix ou la liberté d'accomplir une action mais pas celle de décider de son résultat. Ceci doit être bien compris, très intimement.

 

Puis le Seigneur dit : Mâ karmaphala hethuh bhûh.  ne te prends pas pour la cause (hethuh ) du résultat (phala) de l'action (karma). Tu es la cause de l'action mais pas la cause du résultat de l'action.

 

Quand je lâche cette fleur que j'ai dans la main, elle tombe. Lâcher une fleur est une action, et je suis la cause ou l'auteur de cette action. Mais je ne suis pas l'auteur de sa chute. La chute de la fleur résulte de certaines conditions que je n'ai pas créées. Je peux lâcher la fleur mais il est possible qu'elle ne tombe pas si ces conditions ne sont pas réunies. Dans un vaisseau spatial, dans la zone de gravité zéro, une fleur ne tombera pas si on la lâche, mais pourra peut être se déplacer horizontalement. C'est la loi gouvernant le résultat qui est la cause du résultat et non pas la personne qui accomplit l'action. Même l'exécution d'une action est déterminée par certaines lois. Je peux lever la main seulement selon ces lois, mais je me considère malgré tout comme un kartha ou l'auteur de l'action de lever la main car je peux également décider de ne pas la lever. J'ai le choix de lâcher ou de ne pas lâcher la fleur, mais une fois que je l'ai lâchée, son destin sera gouverné, pris en charge par des lois qui sont universelles.

 

Qui a créé ces lois ? Ni vous, ni moi. Les lois font partie du monde et le monde n'a pas été créé par vous. Il a été créé par Îsvara et il n'est pas séparé de Lui. Par conséquent quand la fleur tombe, qui la conduit vers le sol ? Îsvara la conduit vers le sol. Ainsi Îsvara est le karmaphala hetu alors que vous êtes le karma hethu. Le résultat produit par une action provient d'Îsvara, qu'il soit au delà, en deçà, égal ou contraire à votre attente. C'est de cette manière qu'Îsvara est apprécié, compris comme étant le karmaphala dâta, et c’est en cela que consiste la maturité.

Prâsada

 

Une fois établie qu'Îsvara est karmaphala dâta, nous pouvons voir comment cela se traduit dans notre vie quotidienne, au niveau de notre culture religieuse. Disons que vous êtes invités chez un de vos amis et qu'il vous offre une fleur, en signe de bienvenue, quand vous arrivez chez lui. Vous acceptez la fleur et vous la sentez pour en apprécier le parfum. Maintenant supposez que cet ami ait chez lui un autel du Seigneur Ganesha et qu'il l'offre d'abord au Seigneur Ganesha avant de vous l'offrir. Comment allez-vous la recevoir dans ce cas ? Rappelez-vous que vous êtes nés en Inde et que vous avez été élevés dans la culture Hindoue. Dites-moi, comment allez-vous recevoir la fleur ? Allez-vous la sentir ? Non. Vous allez la poser sur vos yeux. La fleur est la même ; la personne qui vous l'a offerte est la même ; vous, qui la recevez, êtes aussi le même, mais la fleur a subi une transformation. Maintenant, elle provient d'un autel qui est consacré à Dieu. Les yeux voient la même fleur mais l'esprit la voit différemment et vous placez donc la fleur sur vos yeux car elle est aussi sacrée que les yeux. Cela implique bhâvana, une certaine attitude. C'est pourquoi nous disons que la religion Hindoue est basée sur bhâvana, une attitude qui provient de la compréhension, de la vision d'Îsvara. Vous avez en face de vous bien plus qu'une fleur. La fleur provient d'un autel divin et elle porte donc le nom de prasâda. Prasâda apporte le prasannatâ, une acceptation heureuse de votre part. Dès que vous prenez conscience que la fleur vient d'un autel, elle est transformée en prasâda. Il n'y a en français aucun mot équivalent à prasâda.

 

Tout peut être prasâda. Une feuille de tulasi peut être prasâda, une pétale de fleur peut être prasâda, un morceau de sucre peut être prasâda, un ladhu (confiserie indienne en forme de boule) peut être prasâda ou même des cendres peuvent être prasâda. Je suis sûr qu'il doit y avoir quelques personnes qui s'appellent Prasâda dans le public. S'il vous plaît, levez la main. Oui, il y a quatre prasâda dans le public. Chaque enfant est prasâda  parce qu'il est donné, et ce qui est donné est prasâda. Tous les jours, la nourriture qui est préparée est d'abord offerte à Dieu et donc elle est aussi prasâda. Prasâda n'est pas un objet. Prasâda est purement issu de notre compréhension. La compréhension de la réalité est la base de prasâda.

 

On a offert un jour un ladhu à un homme et il a refusé poliment car il avait le diabète. II était connu pour son amour des ladhus mais le médecin lui avait recommandé d'éviter de manger des sucreries, et il ne put donc accepter le ladhu. Puis on lui a dit que ce ladhu venait du temple de Tirupati. " Oh ! Vraiment ? "  Et tout est devenu différent. L'homme accepta le ladhu ! Pourquoi ? Parce que ce n'était plus un simple ladhu, c'était un prasâda. Dés que l'on sait qu'un certain objet vient d'un autel consacré, il est transformé en prasâda. C'est là l'éducation que nous avons reçue.

 

Le Seigneur Krishna dit " Ne te prends pas pour l'auteur de karmaphala (le résultat de l’action), car c'est moi qui en suis l'auteur, la source ". Et en conséquence, que le karmaphala soit au delà, en deçà, égal ou contraire à notre attente, il est prasâda car il vient de Dieu. Ainsi tous les karmaphala sont considérés comme étant des prasâda venant de Dieu. C'est cela samacitatvam, l'égalité du mental vis à vis de karmaphala. L'égalité du mental est donc issue de notre compréhension et elle ne peut pas s'acquérir par la contrainte. Elle apparaît toujours quand nous nous éveillons à une certaine connaissance de la réalité. C'est pourquoi j'ai dit que nous devrions être pleinement conscients de la réalité suivante : nous sommes kartha, l'agent ou l'auteur de l'action, et Dieu est celui qui donne les résultats. Ainsi, même quand je n'obtiens pas ce que j'attends, j'accepte tout de même le résultat et comme je suis devenu plus avisé, mieux informé, je travaille plus dur. Je n'ai aucun regret.

 

Les gens posent souvent la question suivante, " Swâmiji, si j'accepte tout comme prasâda,  est-ce  que je  ne vais pas devenir quelqu'un de passif, de soumis ? " A cela, je vous demande : si vous n'acceptez pas les résultats comme prasâda, alors comment allez-vous les accepter ? Quand un résultat n'est pas accepté avec joie, il est accepté avec un sentiment de regret et de déception, de refus et de désespoir. Comment cela peut-il faire de vous quelqu'un d'actif, de fort ? II est faux de penser que l'on devient faible ou passif en acceptant les situations comme prasâda. En réalité, vous n'êtes fort, dynamique que lorsque vous acceptez les résultats comme prasâda, car dans ce cas vous serez capables d'accepter les résultats tels qu'ils sont et vous pourrez continuer à agir. "Monsieur, le navire a coulé! " "Bien, et alors ? ", c'est cela prasâda. Une personne devient plus sage grâce à l'attitude de prasâda.

 

Supposons que votre ami se marie et que l'on vous ait confié la mission d'accueillir les gens à la réception de mariage. Vous vous tenez à l'entrée et souhaitez la bienvenue aux gens au fur et à mesure qu'ils entrent dans le hall de réception. Vous recevez tous les invités avec un sourire que vous les connaissiez ou non. Même si un de vos amis entre en tant qu'invité, vous l'accueillez de la même manière et vous le priez d'entrer à l'intérieur. Vous n'avez pas le temps de bavarder avec lui puisque d'autres invités arrivent en même temps et vous devez les accueillir eux aussi. Voici qu'arrive un homme qui est votre ennemi déclaré. Comment allez-vous le traiter ? Vous devez vous souvenir que vous représentez actuellement votre ami, et que par conséquent vos préférences et aversions personnelles ne devraient pas entrer en jeu. Vous réussissez donc, tant bien que mal, à décrocher un sourire et accueillez aussi cet homme comme vous le feriez pour un ami. Cette attitude, c'est samatvam, l'égalité du mental. Vous accueillez joyeusement tout ce qui vient à vous. Votre vie toute entière devient un champ d'expérience et d'apprentissage.

10:29 Écrit par Dharma Today | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.