23/10/2005

Satsang du 22 octobre 2005

 

 

 

PRÂTASMARANAM

Prière du matin

 

Om

 

Tu es grand, Seigneur !

Plus grand que le plus grand,

Au-delà de toute mesure !

Tu es sans limites,

Bien au-delà de l’espace céleste !

En fait, Tu es la source de toutes les grandeurs !

Ôg Veda.1.8.5

 

La perception de l'individu

 Vivre pleinement consiste à être pleinement conscient de ce qui est, percevoir les choses telles qu’elles sont. J’ai devant les yeux un monde dont je ne suis pas responsable. Il m’a été donné un corps physique, un jeu d’organes des sens, un mental. Peut-être que si j’avais pu donner mon avis à ce sujet, je les aurais fait différemment, mais ce n’est pas le cas. Ce décor ou ce cadre qu’on appelle le monde nous a été donné. Remarquez le mot “donné”. Cet homme, c’est mon père, donné. Cette femme, ma mère, donnée. Je suis né à une date donnée, un lieu donné. Cet autre homme, c’est mon oncle, donné. Celui-là, mon voisin, donné. Il se trouve que j’ai des relations diverses avec des gens divers, donné. Cette création est un décor ordonné, un ensemble organisé, donné. Ce n’est pas moi qui l’ai créé. C’est quelque chose qui est là et je me trouve confronté à ce monde.

 

Le monde se prête au regard de tout le monde. Mais est-ce que je vois le monde comme il est supposé être vu ? Est-ce que je le regarde tel qu’il est ou est-ce que je regarde un monde issu de mon imagination individuelle, construit par mon mental, mes limitations, mes peurs, mes anxiétés et mes inquiétudes ? En réalité, chacun vit dans son propre monde, un monde de projections, un monde élaboré par son propre mental. On ne voit pas au-delà de ce que l’on sait, et nos peurs et nos anxiétés conditionnent notre perception. En conséquence, un monde qui est simple, sans danger peut être pris pour un monde qui me veut du mal, qui semble avoir conspiré contre moi. C’est ainsi que l’on en arrive à condamner le monde. Une autre personne que moi, se trouvant dans ce même décor, portera un regard tout à fait différent sur le monde. La même personne peut aussi porter un regard différent sur le monde à des moments différents. Pourquoi ? Parce que l’on ne voit rien d’autre que ce que notre mental nous permet de voir.

 

La création individuelle

Nous avons dans la Gîtâ  une présentation claire de cette perception individuelle du monde, un monde coloré et déformé par les deux facteurs suivants : râga et dvesha, c’est-à-dire nos attractions et nos répulsions, nos préférences et nos aversions, nos attachements et nos dégoûts. L’aspect psychologique de l’individu est présenté en ces deux termes, râga et dvesha. J’ai un râga pour un objet quand je le trouve désirable, car en sa présence, je m’attends à être plus heureux, plus en sécurité que je ne le suis à présent. Dvesha est simplement le contraire, l’aversion pour un objet en présence, expérience ou possession duquel, j’ai le sentiment d’une menace à mon bonheur, à ma sécurité. Je veux acquérir et posséder les choses pour lesquelles j’ai un râga et je veux éviter ou éloigner de moi celles pour qui j’ai un dvesha. En fin de compte, ma vie toute entière se résume à exprimer ces râga et dvesha. Vous pouvez très bien vouloir partir de votre maison parce qu’il y a quelque chose qui ne va pas chez vous. Cela est dvesha. Puis vous pouvez avoir le choix de l’endroit où aller et vous décidez alors d’aller écouter un Swami, c’est un autre type de râga – il est important pour vous de participer à ces conférences. Votre vie toute entière, vos efforts, vos luttes quotidiennes, ne sont qu’une expression de ces râga et dvesha.

 

J’ai lu et étudié la psychologie moderne, et je trouve que ce que présente la Gîtâ  convient aux besoins d’une personne normale. Comprenez, s’il vous plaît, que je ne parle pas de psychothérapie ou de psychologie clinique, qui est un domaine complètement différent. Je parle ici de la disposition psychologique d’une personne qui est décrite par ces deux termes, râga et dvesha. Ce que dit la Gîtâ  à ce sujet est suffisant pour découvrir et vivre une vie de maturité.

 

Quand il y a un râga pour quelque chose, vous voulez l’acquérir, si vous ne l’avez pas encore. Cela peut être de l’argent, une maison, un endroit où vous voulez vous rendre. Il y a de nombreuses choses que vous n’avez pas actuellement et que vous aimeriez bien posséder. Et il y a de nombreuses choses que vous avez déjà, que vous voulez conserver – vous voulez garder votre santé, votre argent, votre travail, vos cheveux sur la tête, etc... Vous voulez garder votre fonction, votre utilité. La tentative d’acquérir ce que vous n’avez pas est appelée yoga et la tentative de sauvegarder ou de protéger ce que vous avez est kshema. Le râga se transforme en yoga et kshema, l’obtention de ce que vous n’avez pas et la sauvegarde de ce que vous avez.

 

C’est à cela que se résume votre lutte, l’ensemble de vos efforts. Il vous faut lutter non seulement pour acquérir ce qui vous manque mais aussi pour préserver ce que vous avez. Conserver quelque chose n’est pas non plus facile. Vous devez dépenser de l’énergie dans ce but. Supposez que vous avez réduit votre poids à un certain niveau ; mais pour conserver ce poids, mon Dieu, que d’efforts ! Les gens font du jogging, de l’exercice, qu’est-ce qu’ils ne font pas ! Vous devez aussi travailler dur pour conserver votre poste. Ainsi, l’obtention et la conservation exigent tous deux un travail considérable.

 

De la même manière, éviter, éloigner de vous ou vous débarrasser de ce que vous n’aimez pas, exige aussi beaucoup de travail. Il n’est pas évident d’accomplir ce que vous désirez ou ce que vous voulez éviter. Qui souhaite avoir un mal de tête ? Mais le mal de tête vous saisit. Vous êtes supposé prendre des précautions pour éviter d’attraper certaines maladies. Ainsi, beaucoup d’argent et d’efforts sont aussi mis en jeu dans le but d’éviter les choses. Il faut produire de nombreux efforts pour se débarrasser des choses. Laver le linge, nettoyer le sol, vider les poubelles, etc... ne sont rien d’autre que des efforts pour se débarrasser des choses.

 

La vie toute entière est donc une lutte pour  satisfaire les râga et dvesha. Il n’y a rien de bon ou mauvais en cela, comprenez le bien. Je dis simplement que c’est en cela que la vie consiste. Nous avons acquis ces préférences et aversions en grandissant dans un environnement donné, qui consiste en culture, religion, famille, éducation, etc...L’environnement exerce une grande influence sur l’individu. Ce qui arrive quelque part dans le monde vous atteint aussi. Je suis étonné par les moyens de communication qui transportent de New-York à Berkeley en quelques mois les modes et les fraudes, puis vers Ahmedabad et Baroda en une année, et enfin à Bombay ! Quand un événement se produit dans la mode ou la musique, il semble se transporter jusqu’ici. Et il y a cette “ campus connection ” qui fait que ce qui arrive sur un campus d’université parvient rapidement à un autre campus. C’est ainsi que nous collectons des râga et dvesha sans aucune volonté ou effort particulier. La famille, la culture, la société, tout donne naissance à des râga et dvesha, et certains de ces attachements et dégôuts ont une emprise sur nous, et nous dictent notre comportement. Ils colorent notre vision des choses.

 

Au cours de notre quête pour satisfaire les râga et dvesha, nous collectons également des peurs et des craintes, etc... parce qu’il n’est pas toujours possible de les satisfaire tous.

 

Y a-t-il quelqu’un qui puisse affirmer qu’il a pu réaliser tous ses râga et dvesha et qu’il était dépourvu de râga et dvesha, un seul jour ? Vous souvenez-vous d’un jour – douze heures de veille – pendant lequel vous étiez complètement dénué de râga et dvesha, c’est-à-dire libre de tout désir provenant d’attractions et de répulsions ?

 

Je ne me souviens pas, enfant, d’avoir vécu un seul jour pendant lequel j’étais dénué de désirs. Je voulais manger quelque chose, et on me disait que ce n’était pas bon pour ma santé. Si j’avais pu, j’aurais complètement vidé le magasin de jouets et je l’aurais ramené à la maison ! Je n’ai pas eu tous les jouets que je voulais, je n’ai pas pu avoir tous les crackers que je voulais acheter, ou les bonbons que je voulais manger ! J’ai toujours dû me contenter de peu ou de moins par rapport à ce que je voulais et c’est ainsi que la plupart de mes désirs sont restés insatisfaits, quand j’étais enfant. Qui n’espère pas être le meilleur lors des compétitions sportives ? Qui ne voudrait pas être classé toujours premier à tous les examens ? Mais personne n’y parvient. Vous vous contentez toujours de quelque chose de moins, de moins, de moins… Vous trouvez que la concurrence est trop dure et vous êtes sans cesse humilié. A l’adolescence, vous avez eu, bien-sûr, de nombreux désirs non réalisés. Avez vous jamais passé douze heures de veille – je ne parle pas de sommeil car en dormant vous êtes totalement libre de désirs – pendant lesquels vous étiez dépourvu de râga et dvesha ? Jamais. Cela, c’est vous.

 

La plupart de ces râga et dvesha insatisfaits restent à l’intérieur de vous ; certains d’entre eux sont mutilés, blessés, certains saignent encore, d’autres donneront le jour à de nouveaux râga et dvesha !  Ils déforment votre perception. Vous ne voyez pas le monde tel qu’il est. Il y a de la peur, de l’anxiété, de l’insécurité et de l’inquiétude en vous et tout ceci pollue votre perception. Ainsi, vous ne vous trouvez pas en face du monde créé par le Seigneur, Îshvara srishti, mais vous vous retrouvez plutôt confronté à jîva srishti, au monde créé par votre perception individuelle. Vous pouvez faire face aux problèmes s’ils sont bien réels, mais les peurs, les angoisses, les inquiétudes, etc... sont créés par vos propres perceptions, ils sont votre manière de voir les choses. En d’autres mots, vous faites rarement face à la réalité, à ce qui est. Vous faites face à ce que vous pensez être la réalité. Il s’agit du problème de ce qu’on appelle l’empirisme et la subjectivité.

 

Quand je dis que “ un plus un égal deux ”, cela est empiriquement vrai. Quand je dis que “ ceci est une fleur ”, c’est empiriquement vrai, “ ceci est une rose ”, est aussi empiriquement vrai. Mais la manière dont vous la regardez est une question différente. Votre subjectivité est généralement absente quand vous êtes avec la nature, les montagnes, le ciel, les étoiles, la lune, etc.... Quand vous regardez le ciel, vous ne voulez pas qu’il soit différent de ce qu’il est. Vous acceptez le ciel tel qu’il est ; vous ne voulez pas qu’il soit vert par exemple. Alors il y de l’empirisme, de l’objectivité, il y a une véritable appréciation de ce qui est. Le ciel, les étoiles, les montagnes, les oiseaux, les buissons, les arbres, les fleurs sont tous pris comme ils sont ; vous ne voulez pas qu’ils soient autres, différents de ce qu’ils sont. Cela signifie que vous n’interprétez pas les choses. Vous restez dans le vrai aussi longtemps que vous n’interprétez pas. Tout vous paraît clair et beau aussi longtemps que votre mental apeuré, votre mental anxieux, votre mental désirant n’entre pas en jeu pour vicier votre perception.

 

Quand vous prenez votre bébé dans vos bras, vous êtes heureux, si vous ne pensez pas à son avenir, sa santé, etc... Vous retirez de la joie à être avec cet enfant tel qu’il est, quand vous ne vous inquiétez pas à son sujet. Mais la situation change dès que vous vous inquiétez pour lui. Vous voudriez qu’il soit plus actif, qu’il ne pleure pas et ainsi de suite. Dès lors, cela devient entièrement différent, vous ne pouvez pas éprouver de la joie à être avec votre bébé.

 

Ainsi, quand il s’agit de situations où des gens sont impliqués, quand ma propre vie est impliquée, alors je ne fais pas réellement face aux faits, à ce qui est. Je fais plutôt face aux situations telles qu’elles sont projetées par mon mental, qui est contrôlé par ses propres râga et dvesha. La perception claire et discriminante, la compréhension de ces râga et dvesha, ainsi que la capacité de les gérer, de rester libre de leur emprise, constituent la maturité émotionnelle, et c’est cela dont parle la Gîta. C’est pourquoi je trouve que la Gîtâ  suffit parfaitement. Nous n’avons  besoin d’aucune autre approche psychologique.

 

Quand je suis sous l’influence, l’emprise des peurs, etc... produite par les râga et dvesha, seule jîva srishti, la création individuelle, est présente et non Îshvara srishti, la création du Seigneur. Îshvara srishti est ce qui est donné, le monde empirique. Si je permets à ma vision d’être viciée par mes propres peurs, etc..., alors je vis dans un monde qui est ma propre création.

 

Supposons que je perde énormément d’argent dans les affaires. Le marché boursier s’est effondré et c’est un désastre. Alors ce qui devient important, c’est avec quelle objectivité je suis capable d’apprécier la situation. Une situation de ce genre exige une action de ma part. Je devrais être objectif. De la même manière, quand je suis dans une situation qui implique pour moi un deuil , du déshonneur, une certaine perte de sécurité, etc..., alors il est important que je sois objectif, aussi objectif que lorsque je vois une montagne.

Source : mail (Satsang du 15 octobre 2005) Swami Paramânanda Shri  Ramakrishna Math




11:21 Écrit par Dharma Today | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.