10/10/2005

Les sept Mères

 

O Adorable Seigneur !

Tu es le protecteur du sacrifice cosmique sans défense !

Que de tous côtés, Tes bénédictions

Atteignent sûrement celui qui recherche la Vérité !

Ôg Veda.1.1.4

 

L’hindouisme ne conçoit pas Dieu comme seulement transcendant. Il est aussi Elle ! Elle peut être conçue comme ayant une forme masculine, féminine ou autre.

               

En ce moment, beaucoup d’hindous célèbrent les Navarâtris, les Neuf Nuits dédiées à la Déesse.

 

Celle-ci est aussi symbolisée comme Sept Mères que l’on appelle souvent à la Réunion, les Sept Sœurs. Essayons de comprendre un peu plus ce symbole unique dans les grandes traditions religieuses actuelles.

 

Remplie de symbolisme complexe, l’adoration de la Déesse Suprême révèle seulement le principe de la beauté et de l’unité dans toutes ses créations et ses manifestations.

 

Le concept du Suprême – de la Souveraine - comme Déesse-Mère est un phénomène universel. En Inde, le culte de Shakti a une histoire longue et complexe depuis la préhistoire. Bien qu’une littérature complète sur ce sujet soit disponible depuis le début de l’ère chrétienne, il y a des évidences de traces et de textes antiques de cette tradition qui a été ensuite incluse dans la série de textes shâktas, appelés Âgamas ou Tantras. Ces traités, en tant que Purânas, apportent beaucoup de lumière sur le concept et l’adoration de Shakti.

 

Les différentes formes représentant Shakti dans ces textes doivent être perçues et comprises  correctement. Nous allons essayer de comprendre le concept et le symbolisme des sept Mères (saptamâtrikas) et de Durgâ.

Les Sept Mères

 

Ces formes de Shakti portent le nom de Brâhmî, Mâheshwarî, Kaumârî, Vaishnavî, Varâhî, Aindrî et Châmundâ. Ce sont principalement les compléments féminins dynamiques de leurs contreparties statiques, à savoir, Brahma, Maheshvara, Kumâra, Varâha, Vishnu, et Indra. Celles-ci sont connues à partir de la litanie de leurs noms respectifs et aussi des caractéristiques iconographiques associées avec elles dans les versets de méditations respectifs (dhyâna-shlokas).

                Les Sept Mères doivent donc être visualisées comme suit :

 

1) Brâhmî (l’énergie provenant de Brahma) doit être visualisée comme ayant quatre bras, assise sur un cygne. Elle est de couleur jaune, décorée de différents bijoux et porte un corsage fait de peau d’animal. Dans deux de ses mains droites, elle tient une corde, une cuillère sacrificielle et fait le mudra du don de la troisième main. Du côté gauche, elle tient un livre, un pot à eau (kamandalu) et fait le geste de protection (abhaya mudra).

 

2) Mâheshwarî chevauche un taureau, a cinq visages et trois yeux. Elle est de couleur blanche et porte le croissant de lune dans la chevelure. Dans ses dix mains, elle tient l’épée, le foudre, le trident, la hache, la corde, la cloche, le serpent et la pique et fait le geste de protection.

 

3) Kaumârî a six visages et est de couleur rouge. Elle chevauche un paon. Dans ses mains droites, elle tient une lance, un étendard, un bâton, un pot à eau, un arc et fait le geste du don. Cinq de ses mains gauches tiennent la flèche, le lotus, le coq, la hache et fait le geste de protection de sa sixième main.

 

4) Vaishnavî chevauche Garuda, porte une guirlande de fleurs sauvages et est de couleur noire. Elle tient la conque la roue, la massue et le lotus (shankha-chakra-gadâ-padma) et fait les gestes de protection et de don.

 

5) Varâhî est de couleur noire et a un visage de sanglier. Elle a un gros ventre et chevauche un buffle. Dans quatre de ses mains, elle tient un bâton, une épée, une masse et un pot. Elle fait aussi les gestes de protection et de don.

 

6) Aindrî est gentille, brillante comme l’or, chevauche un éléphant et a mille yeux. Elle a six mains et, à droite, elle tient la corde et le foudre et fait le geste du don. A gauche, elle tient le lotus, le pot à eau et fait le geste de protection.

 

7) Châmundâ est de couleur noire, défigurée, elle chevauche un cadavre et est décorée de serpents. Elle peut prendre n’importe quelle forme à volonté. Son corps est de la couleur de la laque. Elle a de grandes dents, des yeux creux et un ventre maigre. Ses dix bras s’étendent dans les dix directions. Dans ses mains droites, elle tient un pilon, une roue, un chasse-mouche, un crochet et une épée. A gauche, elle tient une massue, un corde, un arc, un gourdin et une hache.

 

Les sept Mères mentionnées ci-dessus en tant qu’énergie personnifiée (shakti) des divinités « masculines » sont acceptées et intégrées aux lexiques hindous, aux Purânas et aux Âgamas. Par exemple, le Mârkandeya Purâna dit que pour aider Candikâ à tuer les démons, les sept énergies émergèrent des dieux et assumèrent leurs formes au féminin, prirent les mêmes ornements et montèrent les mêmes véhicules que leurs correspondances masculines.

 

Caractéristiques intéressantes

 

Cependant les points suivants doivent attirer notre attention :

a)       La forme et la nature de Brâhmî, de Mâheshwarî, de Kaumârî, et Vaishnavî et d’Aindrî sont sans équivoque.

b)       De plus, la Shakti de Vishnu incarné, Varâhâ, est aussi considérée comme Déesse Mère.

c)       Le concept de Châmundâ ne rentre pas dans cette optique. Elle a une forme unique et n’est pas associée à aucune divinité masculine particulière.

 

Le nom de Châmundâ viendrait des histoires des terribles asuras Canda et de Munda, les subordonnés de Shumbha et de Nishumbha, qu’elle aurait anéantis. Les asuras sont bien sûr les symboles de l’ignorance spirituelle qui est la source de l’égoïsme, de la haine et de la méchanceté.

Mais en relation avec ses dévots, son rôle est celui de l’Illuminatrice et de destructrice de l’ignorance. Elle apporte la prospérité à ceux qui sont dans le chemin de la vertu. Elle est le principe de la beauté totale. La beauté de la nature et celle de l’être humain sont ses manifestations partielles de cette infinie beauté. Ces aspects positifs sont symbolisés dans le mantra à neuf syllabes associé à Châmundâ : Aim, hrîm, klîm Châmundâyei vicche.

Dans cette formule sacrée, les trois bîjamantras sont respectivement associées à Mahâ Sarasvatî (représentant la connaissance (jnâna shakti) et l’existence (sat), à Mahâ Lakshmî l’activité (kriyâ shakti ) et la conscience (chit) et Mahâ Kâlî ( icchâ et ânanda). Châmundâ  est conçue comme étant la Déesse suprême combinant les trois aspects (sat chit ânanda) et aussi jnâna, kriyâ et icchâ.

Cette Suprême Shakti a d’innombrables noms dont Châmundâ, Dûrgâ et Chandî.

 

Qui est Durgâ ?

 

Selon l’étymologie, Elle est la Déesse que l’on peut approcher avec difficulté « duhkhena gamyate prâpyate ». Mais la conceptualisation de la Déesse comme étant celle qui élimine totalement les maux physiques, mentaux et spirituels, a nécessité l’acceptation de l’étymologie superficielle que Durgâ  veut dire calamité, destruction. En allant un peut plus loin dans l’étymologie, il est dit que chaque lettre du nom, à savoir, D.U.R.G.Ä. est synonyme de destruction respective des démons, des obstacles, des maladies et de la peur.

 

Cependant Durgâ est vénérée comme étant Mahâ Sarasvatî, Mahâ Lakshmî et Mahâ Kâlî dans le Durgâ-Saptashati. Elle est visualisée comme étant assises sur un lotus et tenant différents objets tels le rosaire, la hache, le lotus, l’arc, le pot à eau, le bâton, le trident et la corde,etc. dans ses dix-huit bras. Elle est aussi celle qui a détruit Mahishâsura, le démon-taureau. Ce concept se retrouve dans la Durgâpûjâ au Bengale où sa statue est flanquée des statues de Sarasvatî et de Lakshmî. Dans le sud de l’Inde aussi, lors des Navarâtrîs célébrées lors de l’Ashvina shukla paksha (septembre-octobre), Shakti sous ses trois aspects de Mahâ Kâlî, Mahâ Lakshmî et Mahâ Sarasvatî, est vénérée. Chacun des aspects de Shakti est associé à trois nuits.

 

On peut donc appeler la Déesse Suprême Durgâ, Châmundâ ou Kâlî et L’adorer. Elle imprègne l’univers de son Etre d’énergie et se révèle dans les êtres, dans les choses et les situations. C’est surtout l’attitude du dévot qui compte. Cela s’appelle Devi Darshana.

 

Source : Satsang du 8 octobre 2005

18:40 Écrit par Dharma Today | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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