15/09/2005

Enseignements de Sripada Vana Maharaja

Sripada Vana Maharaja est resté quelques jours en Ariège, en juin dernier, comme il le fait depuis plusieurs années à la même époque. Des brahmacaris indiens l’accompagnaient et chantèrent de très beaux bhajanas, au son mélodieux de l’harmonium et du mrdanga. Comme d’habitude, Maharaja amena avec lui la bonne humeur et l’espoir pour tous les dévots présents d’être toujours plus inspirés à progresser dans leur pratique de la bhakti. Il rappela les principes fondamentaux de ce progrès que sont sadhu-sanga, la compagnie des vaisnavas aînés, et tout particulièrement des dévots qui ont réalisé les Écritures, et pas seulement de ceux qui ont beaucoup de connaissance. La simple répétition des Écritures sans réalisation est nommée avec humour «lips seva», le service des lèvres. Le cœur y est alors dénué de véritable bhakti.

 

La grâce de Nityananda à Pani-hati

Dès son arrivée, le premier soir, Maharaja a donc mis l’accent sur sadhu-sanga, le service aux vaisnavas et au guru en illustrant ses paroles par l’histoire de Srila Raghunatha Dasa Gosvami se rendant à Pani-hati, puisque ce jour correspondait à ce festival. Srila Raghunatha Dasa Gosvami y rencontra Sri Nityananda Prabhu, qui posa Son pied sur sa tête. Bénédiction à laquelle même Brahma et Siva aspirent sans jamais l’obtenir.

Sri Nityananda Prabhu dit à Srila Raghunatha Dasa Gosvami: «Tu es un voleur, tu as voulu prendre le trésor de Mon cœur (Caitanya)». Raghunatha avait en effet voulu s’échapper à plusieurs reprises de sa famille afin de rejoindre Caitanya, mais Celui-ci lui avait dit: «Ne te comporte pas comme un fou». Maharaja précisa qu’il faut comprendre ici qu’avant de vouloir tout abandonner pour rejoindre Krishna, il s’agit de fixer le mental sur les pieds pareils au lotus du maître spirituel, que représente Nityananda Prabhu. Guru-nistha est la colonne vertébrale de la bhakti, qu’accompagne nécessairement nistha pour le saint nom… Sans la miséricorde du guru, akanda-guru-tattva, il est impossible de recevoir la miséricorde de Caitanya Mahaprabhu.

 

Servir d’abord les vaisnavas

 Nityananda punit alors Raghunatha: «Tu dois offrir un festin à tous les vaisnavas (prasadam constitué de flocons de riz, yaourt, bananes…)». Ce qui signifie que sans servir les vaisnavas, on n’aura aucun bénéfice spirituel. Bhakta-seva est la base de la bhakti. Ce n’est que sur la recommandation des vaisnavas, lorsqu’ils sont satisfaits de notre service, que l’on peut recevoir la grâce du guru.

Depuis son enfance, Srila Raghunatha Dasa Gosvami voulait approcher Sri Caitanya. S’il était d’une famille très riche de Saptagrama, au Bengale, il était néanmoins très renoncé.  Ses parents voulaient le marier avec une très jolie jeune fille, mais il montra par son propre exemple, tel un acarya, comment pratiquer le sadhana-bhajana. Extérieurement, il suivait  vaisnava sadacara, l’étiquette et les principes de la vaidhi-bhakti, et ce afin de ne pas déranger la société, mais intérieurement il était toujours absorbé dans le désir de satisfaire Sri Caitanya Mahaprabhu, dont il est un compagnon éternel.

L’exemple montre aussi que celui qui est riche doit utiliser son argent au service des vaisnavas, car au moment de la mort il n’emportera rien avec lui. Tout appartient à Krishna.

 

Sri Ramananda-samvada, le cœur du Caitanya-caritamrita

 Maharaja commença ses enseignements en citant le Sri Ramananda-samvada, le cœur du Caitanya-caritamrta (Madhya-lila, chapitre 8), où Sri Caitanya interroge Sri Ramananda Raya, illustrant par Son propre exemple comment s’enquérir de la vérité absolue et du but ultime de l’existence en écoutant un sadhu qui connaît Radha et Krishna. Ramananda Raya joue ici le rôle d’un siksa-guru. Le siksa-guru peut donner des instructions (siksa) pour le progrès spirituel du disciple, lorsque le diksa-guru est absent ou dans l’incapacité de le faire. Ramananda Raya explique ici radha-tattva, les vérités confidentielles concernant la nature de Sri Radha, car Sri Caitanya est venu sur la terre précisément pour comprendre cette ultime vérité et nous enseigner comment servir les pieds pareils au lotus de Sri Sri Radha-Krishna. Un chant décrit ce service: «Radha krsna prana mora, yugala kisora…» Tel est le but ultime des gaudiya-vaisnavas. Avant Caitanya, d’autres vaisnavas exaltés avaient décrit madhurya-rasa, la bhakti dans le service d’amour conjugal, mais Caitanya le premier a décrit manjari-bhava, le sentiment des manjaris, les proches servantes de Srimati Radharani.

 

Krishna dépend de Ses dévots

 En servant les vaisnavas, on obtiendra la miséricorde de Krishna. Il dépend de Ses dévots, qui Le contrôlent par leur amour. Les vaisnavas satisfaits de notre service plaideront notre cause auprès de Krishna, qui sera alors obligé de nous accorder Sa grâce. En servant les vaisnavas, on chantera les saints noms de plus en plus purement.

L’obstacle majeur à la bhakti est nama-aparadha, l’offense aux saints noms, et tout particulièrement la première des dix: vaisnava-ninda, critiquer les vaisnavas.

En les critiquant, on est assuré de détruire la plante de la bhakti dans notre cœur.

Apa-radha  signifie «dénué d’amour»:

Nama-aparadha – dénué d’amour pour le saint nom,

Vaisnava-aparadha – dénué d’amour pour les vaisnavas,

Dhama-aparadha – dénué d’amour pour les lieux saints,

Seva-aparadha – dénué d’amour pour le service.

Si l’on demande au Seigneur de nous donner prema, le pur amour divin qui comble l’âme et satisfait tous les désirs, Krishna ne nous l’accordera que si l’on sert les vaisnavas.

 

En écoutant le sadhu, des impressions se gravent dans le cœur

 

Caitanya montre l’exemple du parfait sadhaka en écoutant Ramananda Raya décrire radha-tattva. Caitanya est Krishna Lui-même venu sous la forme de Radha et Krishna combinés, mais avec le teint de Radharani. Il est descendu afin d’expérimenter les sentiments de Radharani (qui sont un mystère pour Krishna) et les distribuer à tous les êtres vivants. Cet amour de Radha, prema, est ce dont tout être, âme individuelle, a réellement besoin.

Pour comprendre cet amour et l’expérimenter, Il a distribué le maha-mantra au monde entier, prédisant qu’il serait chanté dans chaque ville et chaque village. Les sadhus voyagent partout dans le monde afin de répandre ce message. Un sadhu qui est rempli de vraja-prema (les sentiments d’amour des habitants de Vrindavana, proches compagnons de Krishna) nous offre de goûter ces sentiments. En l’écoutant de plus en plus, des impressions se gravent dans le cœur (samskaras), créant des bénéfices spirituels éternels (sukriti), année après année, et une relation s’établit avec le sadhu, comme s’il devenait un membre de notre famille (lokika sadbhandu vat). C’est grâce à cette relation que prema finit par se manifester. L’amour et l’affection constituent l’ingrédient essentiel de toute relation et cet amour n’est véritable que lorsqu’il est tourné vers Krishna et Ses représentants. Ils nous enseignent le siddhanta, les conclusions philosophiques, fondement de la bhakti, en l’illustrant par des histoires ou des divertissements (lilas).

 

Vishaka-devi connaît bien Radharani

 Caitanya est Krishna qui cherche à comprendre Radha en approchant un siksa-guru, Ramananda Raya. Caitanya joue le rôle d’un être ordinaire et Ramananda Raya est en réalité Vishaka-devi, la plus proche amie de Radha. Née le même jour et à la même heure qu’Elle, elle connaît parfaitement Son cœur.

À Jagannatha Puri, Caitanya avait auparavant humblement écouté pendant 7 jours Sarvabhauma Battacarya Lui décrire le Vedanta darsana, la philosophie du Vedanta selon Sankaracarya (Siva). Puis Il lui révéla que contrairement à cette vision du Vedanta, la Vérité Absolue, Brahma, est à la fois une et diversifiée. Sankara avait enseigné le mayavadisme afin de ramener progressivement les bouddhistes, engagés dans des activités contraires au véritable enseignement de l’avatara Bouddha, vers l’amour de Govinda.

Comment tout pourrait-il être Brahma, puisque Bhagavan est au-delà de ce monde, quand le jiva, infime partie de Bhagavan, est sujet à l’influence de Son énergie illusoire? Sarvabhauma réalisa que sa grande érudition n’était qu’illusion si elle ne décrivait pas la beauté de Krishna et il décida d’écouter et de servir Sri Caitanya. Il Lui conseilla d’aller rencontrer Ramananda Raya sur les berges de la Godavari.

Le sadhu ouvre les yeux du cœur

 Celui qui voit un beau paysage avec un arc-en-ciel et un lever de soleil peut le décrire à un aveugle, mais celui-ci ne pourra pas comprendre. C’est le cas de l’être conditionné par le monde matériel lorsqu’il entend les descriptions du monde spirituel. Mais par la grâce des sadhus, Krishna ouvre peu à peu les yeux du cœur.

Le guru est toujours absorbé dans prema. S’il voit une montagne, il pensera à la colline Govardhana, une rivière sera la Yamuna, une forêt, Vrindavana, et il se souviendra des divertissements de Krishna qui ont lieu en ces endroits. En chantant Sri Govardhana-astakam, nous pourrons vaincre la concupiscence, l’attachement le plus subtil à la gratification des sens qui nous enchaîne au cycle des morts et des renaissances. Le chant du kama-gayatri, s’il est accompli correctement, a lui aussi cet effet salvateur.

En prenant refuge d’un guru authentique, le disciple offre au feu (svaha) ses attachements matériels et fausses conceptions. Le guru est un grand feu, et le disciple le bois qui l’alimente.

 

Lâcher notre indépendance

 Un jour, Narada Muni rencontra un chasseur qui prenait non seulement plaisir à tuer des animaux, mais parce qu’il avait été éduqué ainsi par son père, à les laisser agoniser dans la douleur plutôt que de les achever. Narada lui fit prendre conscience de son acte et des souffrances qu’il engendrait et le chasseur brisa son arc et ses flèches. Cette histoire illustre le lâcher prise de notre indépendance, le plus grand obstacle à notre relation avec Krishna.

En s’offrant au guru, on est supposé ne pas reprendre ce qui a été donné. Corps, mental, parole, tout appartient à Krishna et donc à son représentant, Sri Guru.

 

Prema fait danser Krishna

 

Krishna est attirant pour tous les êtres, y compris pour Lui-même. Les oiseaux de Vrindavana sortent de leur nid pour voir Sa beauté. Ils sont des munis, des sages, qui ferment les yeux pour garder cette beauté dans leur cœur, méditant sur Sa forme. Lorsque Krishna joue de la flûte, ils chantent en harmonie. Toutes les notes de musique viennent de Sa flûte. Les arbres pensent que Krishna est leur bien-aimé, un membre de leur famille. Les Vrajabasis souhaitent garder leur bien-aimé sur le trône de leurs cœurs, hrdoya-simhasana. C’est leur manière de l’embrasser. Sans Krishna, l’amour n’existe pas. Lorsque on dit «Je t’aime» en ce monde, on n’a pas idée de ce qu’est le véritable amour. On peut facilement se séparer au moindre obstacle. La sadhana, la pratique spirituelle, permet d’atteindre ce prema par la grâce du maître spirituel. L’amour matériel et l’amour spirituel semblent identiques, tout comme le lait peut ressembler à la chaux mélangée à de l’eau. Mais le résultat est bien différent.

Srimati Radhika est l’amour personnifié. Son corps même est constitué entièrement de prema, sringara-rasa, de sentiments d’amour, à l’instar d’une poupée de sucre. Prema est ce qui fait danser Krishna. Lorsque Vrinda revient du Radha-kunda, Radhika lui demande ce que fait Krishna. Elle lui répond qu’Il apprend à danser. Comment cela? Parce qu’Il y voit l’image de Radha, Son kunda n’étant pas différent d’Elle-même. Lorsque les arbres ondulent avec le vent, Krishna les voit Lui enseigner différents mouvements de danse…

Les gopis sont très jolies et toujours attirantes pour Krishna. Leurs yeux sont semblables à des lotus épanouis et leur parfum surpasse celui du lotus (padma-ganda). Les abeilles sont attirées par le miel de leurs pieds de lotus. Seul l’amour de Radhika contrôle complètement Krishna. 100 millions de gopis réunies ne purent Le contrôler, c’est pourquoi Il quitta la danse rasa pour Radharani.

 

Le Seigneur accordera Son darsana

 

Notre cœur ne fond pas à cause des offenses. Lorsque nous serons prêt à lâcher nos attachements matériels, nous irons réellement à Vraja et le Seigneur nous accordera Son darsana.  

Caitanya a annoncé qu’il n’était pas nécessaire d’abandonner sa famille: il suffit de chanter harinama et de servir les vaisnavas. Celui qui chante une seule fois le nom pur (suddha-nama) est un vaisnava.

Désirons-nous vraiment atteindre Goloka? Celui qui réchappe d’une traversée du désert est si assoiffé qu’il n’acceptera rien d’autre que de l’eau; aucune nourriture ni même un quelconque joyau ne pourra étancher sa soif. Il sent qu’il mourra s’il n’a pas d’eau. De même, lorsque nous n’aurons plus d’autre désir que celui de servir Krishna, nous serons qualifiés pour entrer à Goloka.

 

na dhanam na janam na sundarim

kavitam va jagad-isa kamaya

mama janmani janmanisvare

bhavatad bhaktir ahaituki tvayi

«O Seigneur! Je n’aspire nullement aux richesses, je ne rêve pas de jolies femmes et n’aspire pas non plus à avoir des disciples ou à connaître les honneurs. Je désire uniquement m’absorber, vie après vie, dans Ton service d’amour pur et absolu.» (Siksastakam 4)

Lorsque la mort arrivera, il pourra même être très difficile de prononcer le maha-mantra en entier, la voix bloquée par les disfonctionnements du corps, mais essayons au moins de dire: «Ha, Radhe!»

Que signifie «Radha»? Ra signifie anuraga, «l’attachement profond pour Krishna», et dha, «qui court après Krishna». Krishna aussi court après Radha. Radha est celle qui donne du plaisir à Krishna. Radha signifie aussi prema ou priti, l’amour, le joyau de l’amour pour Krishna, qui n’est pas même pas comparable à l’amour de Candravali ou de tout autre Vrajavasi.

 

Compte-rendu: Krishna-bhakti Dasi-Saisie: Vishnupriya Dasi

Correction: Syamananda Dasa-mail du forum Krishna Bhakti dasi

Compte-rendu du 20 au 27/06/2005

18:39 Écrit par Dharma Today | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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