14/08/2005

Message pour l'indépendance de l'Inde

15 Août 1947. Le jour où la nation accède à l’indépendance, une voix parle au peuple de l’Inde. La voix de celui qui avait été le premier révolutionnaire à exiger «purna swaraj» c’est-à-dire l’indépendance complète. La voix du Rishi de l’Inde moderne, qui a retrouvé le secret de sa grandeur passée afin de l’offrir à une Inde future, dont la mission était de devenir « le Gourou des nations. » La voix de Sri Aurobindo.

«15 août 1947, naissance de l’Inde libre. Ce jour marque pour notre pays la fin d’une ère révolue, le commencement d’un jour nouveau. Mais par notre vie et nos actes de nation libre, nous pouvons en faire aussi une date importante dans l’ère nouvelle qui s’ouvre pour le monde, pour l’avenir politique, social, culturel et spirituel de l’humanité.

« Le 15 août est le jour de ma propre naissance, et naturellement je me réjouis de le voir revêtir cette vaste signification. Pour moi, cette coïncidence n’est pas un accident fortuit, mais la sanction et le sceau de la Force divine qui dirige mes pas dans l’œuvre avec laquelle j’ai commencé ma vie ; c’est aussi le début de sa pleine fructification. En fait, je constate en ce jour que presque tous les mouvements mondiaux que j’ai espéré voir s’accomplir dans ma vie, bien qu’alors ils apparussent plutôt comme des rêves irréalisables, arrivent enfin à maturité ou sont en voie de réalisation. Et en chacun d’eux, l’Inde libre peut fort bien jouer un rôle important et occuper une position de premier plan.

« Le premier de ces rêves était un mouvement révolutionnaire d’où naîtrait une Inde libre et unie. Aujourd’hui l’Inde est libre, mais elle n’est pas parvenue à l’unité. Il semblait presque, à un moment, que l’acte même de sa libération allait la faire retomber dans ce chaos d’États séparés où elle était plongée avant la conquête britannique. Fort heureusement, il paraît maintenant probable que ce danger sera évité et qu’une union large et puissante, bien qu’encore incomplète, s’établira. De même, la politique énergique et sage de l’Assemblée Constituante permet d’espérer que le problème des classes déshéritées sera résolu sans schisme ni fission. Mais la vieille division religieuse entre hindous et musulmans semble s’être durcie et être devenue une division politique permanente dans le pays. Il faut espérer que ce fait accompli ne sera pas accepté à titre définitif et qu’on y verra simplement un expédient provisoire. Car, s’il se perpétuait, l’Inde s’en trouverait sérieusement affaiblie, sinon mutilée : la guerre civile resterait toujours possible ; possible aussi une nouvelle invasion et une conquête étrangère. L’Inde verrait alors sa prospérité et son développement intérieur entravés, sa position affaiblie au sein des nations, sa destinée faussée ou même ruinée. Ceci ne doit pas être ; il faut que la partition soit abolie. Espérons que nous y parviendrons naturellement parce que nous aurons reconnu de plus en plus, non seulement la nécessité de la paix et de la concorde, mais la nécessité d’une action commune, et parce que nous aurons pris l’habitude d’agir en commun et créé les moyens nécessaires à cette fin. Ainsi, sous une forme ou une autre, l’unité pourra finalement se faire — la forme exacte qu’elle prendra a sans doute une importance pratique, mais ce n’est pas un point fondamental. En tout cas, quels que soient le moyen et la manière, la division doit disparaître ; l’unité doit être totale, et elle le sera, car elle est indispensable à la grandeur de l’Inde future.

« Un autre rêve voyait la résurrection et la libération des peuples asiatiques, et l’Asie retrouver son grand rôle dans le progrès de la civilisation humaine. L’Asie s’est levée ; des territoires importants sont maintenant tout à fait libres ou sur le point de l’être ; les autres, soumis encore totalement ou en partie, avancent en dépit des difficultés vers leur libération. Peu reste à faire, et sera fait aujourd’hui ou demain. Dans cette renaissance, l’Inde a un rôle à jouer, et elle s’y est engagée déjà avec une énergie et une habileté qui montrent la mesure de ses possibilités et la place qu’elle peut prendre dans le conseil des nations.

« Le troisième rêve était une union mondiale qui formerait la base extérieure d’une vie plus belle, plus lumineuse et plus noble pour toute l’espèce humaine. Cette unification du monde humain est en route ; un début imparfait s’organise et se heurte encore à de formidables difficultés. Mais l’élan est là qui doit immanquablement grandir et vaincre. Là aussi, l’Inde a commencé à jouer un rôle prépondérant, et si elle peut élaborer une politique plus large qui ne se limite pas aux possibilités immédiates et aux faits actuels, mais qui plonge le regard dans l’avenir et l’oblige à se rapprocher, sa présence peut provoquer un développement hardi et rapide, au lieu d’une lente et timide poussée. Une catastrophe peut venir interrompre ou détruire ce qui est en train de s’édifier, mais de toute façon, le résultat final est certain. Car l’unification est une nécessité de la Nature, un mouvement inévitable. Il est clair, également, qu’elle est indispensable aux nations, car sans elle, non seulement la liberté des petits pays est à tout moment en péril, mais la vie des grandes puissances elles-mêmes est aussi menacée. Par conséquent, l’intérêt de tous est dans l’unification ; seuls, l’imbécillité des hommes et leur égoïsme stupide peuvent y faire obstacle, mais ils ne prévaudront pas toujours contre la nécessité de la Nature ni contre la Volonté divine. Cependant, une base extérieure ne suffit pas ; il faut que se développent une vision et un esprit internationaux ; des formes et des institutions internationales doivent apparaître, peut-être des formules nouvelles comme la double nationalité ou une nationalité multilatérale, des échanges ou des fusions volontaires de cultures. Ainsi, le nationalisme sera satisfait en même temps qu’il perdra son caractère militant ; il ne trouvera plus ces formes nouvelles incompatibles entre sa sécurité et l’intégralité de sa vision. Un nouvel esprit d’unité s’emparera de l’espèce humaine.

« Un autre rêve, le don spirituel de l’Inde au monde, a déjà commencé. La spiritualité de l’Inde pénètre maintenant l’Europe et l’Amérique dans une mesure toujours croissante. Ce mouvement se développera encore ; au milieu des désastres de notre époque, les yeux se tournent de plus en plus vers l’Inde avec espoir, et l’on fait même de plus en plus appel, non seulement à ses enseignements, mais à ses pratiques psychiques et spirituelles.

« Le rêve final était une nouvelle étape dans l’évolution, qui élèverait l’homme à une conscience plus vaste et plus haute et commencerait à résoudre les problèmes qui le troublent ou le tourmentent depuis qu’il pense et qu’il rêve d’une perfection individuelle et d’une société parfaite. C’est encore seulement une idée et un espoir personnel, mais une idée qui a commencé à s’emparer des esprits d’avant-garde en Inde et en Occident à la fois. Les difficultés en ce domaine sont plus formidables que partout ailleurs, mais les difficultés sont faites pour être surmontées, et si la Volonté suprême est là, elles seront surmontées. Là aussi, si cette évolution doit se faire, et puisqu’elle doit procéder par une croissance de l’esprit et de la conscience intérieure, l’initiative peut venir de l’Inde et le mouvement central appartenir à l’Inde, bien que sa portée doive être universelle.

« Tel est le sens que je donne à ce jour de la libération de l’Inde. Que cet espoir soit ou non justifié, et dans quelle mesure, dépend de l’Inde nouvelle et libre. »

Sri Aurobindo

 texte du site Jaia Bharati

19:53 Écrit par Dharma Today | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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