08/08/2005

poème de Taslima Nasreen

Pendant la soirée, tout le monde

Tenait un verre de champagne ou

De vin blanc à la main.

Les notables s’avançaient les uns derrière les autres

Pour me serrer la main et me féliciter.

Certains venaient entendre parler de mon expérience,

Comment j’étais sortie vivante

De l’antre des troglodytes.

D’autres venaient me demander un autographe,

D’autres me regarder, les yeux ronds d’admiration,

D’autres m’embrasser, d’autres m’offrir des fleurs.

Au milieu de la foule

Est arrivée une fille aux cheveux d’or

Qui ne m’a pas tendu la main,

N’a pas voulu entendre parler de mon expérience,

Mais a dit simplement ; je suis venue

Pour pleurer avec toi, ensemble,

Un moment.

A la seconde où elle a prononcé ces mots, ses yeux

Se sont emplis de larmes.

Et ce fut comme si le fleuve Brahmapoutre

Me montait aux yeux en ravageant

La digue de mon cœur.

Je venais d’Orient,

Elle d’Occident.

Mais nos souffrances étaient si profondes.

Ma peau était sombre, la sienne d’une blanc rosé.

Mais nos chagrins étaient aussi lourds à porter.

Avant de pleurer, nous n’avions nul besoin

D’entendre l’autre parler de son expérience.

Nous la connaissions trop bien.

 

Née en 1962 à Mymensingh dans ce qui deviendra neuf ans plus tard le Bangladesh l’un des pays les pauvres de notre planète, Taslima Nasreen s’est rapidement révoltée contre le cercle rouge des interdits infligé aux femmes au nom de la tradition et de l’islam. (merci à Goéland pour le poème)

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